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Full text of "Le livre de raison d'Honoré de Gras, Conseiller au Parlement de Provence, dernier seigneur de Mimet [microform]"

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copying order ff, m lîs judgefrierii, înifillrnent ol the order wouid involve 
violation of the copyright law. 



Author: 



Faucher, Paul de 



Title: 



Le livre de raison 




j 



Honora de Gras 



Place: 



Valence 



Date 



1905 



MASTER NEGATIVE * 



COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES 
PRESERVATION DIVISION 



BIBLIOGRAPHIC MICRc 



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ORIGINAL MATERIAL AS FILMED 






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Gras, Honore de 

Le livre de raison d 'Honoré de Gras, conseiller 
au Parlement de Provence, dernier seigneur de 
Mimet, par Paul de Faucher ..• Valence, Tmpr. 
valentinoise, 1905. 

75 p. plates, port., facsims» 24^- cm. 

Présentation copy v/ith Faucher 's inscription anc 
signature. 




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RESTRICTIONS ON USE: 



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LE LIVRE DE RAISON 



D'HONORÉ DE GRAS 



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Tiré à sSo 0xem.pla.ire3. 




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Jean-Paul-Jh-François de GRAS de PRÉGENTIL 

né à Aix, le 18 Septembre 1768, 

Maire de Mimet de 1807 à 181 1. — Maire d'Aix de 181 1 à. 181 5. 

Conseiller à la Cour de 181 5 à 1852. 

Dernier survivant de sa famille. — Mort à Aix, le 20 Octobre 1856. 



LE LIVRE DE RAISON 



D'HONORÉ m GHA 



Conseiller au Parlemeid de Provence 



iDBniiiKii sKioisTKXjn iDB TvîiIvîBT 



par 



Paul DE FAUCHER, 



Membre correspondant et lauréat de la Société de Statistique de Marseille, etc. 




VALENCE 

Imï'RImehie N'ai-entinoise r^i.ACK St-Jean 



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"HEGBETTÉ JIABQUIS DE WISGEUN 



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Faire mciilioli dans un travail d'Idaloirc d articles généalogiques 
intéressant queUjue ancienne famille provençale, cest rappeler 
la perte douloureuse qae les travailleurs et les amateurs d'études 
locales viennent de faire . hélas! il n^ a que quelques mois (1), 
en la personne de cet érudit infatigable, de ce respectable gen- 
tilhomme, si complaisant et si serviable aussi, que la mort seule 
a pu enlever a ses chers travaux. Ses cartons, ses notes généalogi- 
ques, fruits d'un demi-siècle de recherches, étaient toujours à la 
disposition, non seulement de ses amis, de ses compatriotes, mais 
de tous ceux qui, de la France e/dière, faisaient appel à ses con- 
naissances si profondes en histoires du pays de Provence et de ses 
v ieiltes fam illes . 

Une uniformité dégoûts et , par suite, de noml)reux points simi- 
laires de recherche et ^aptitudes, rendaient bien souvent com- 
muns nos travaux et nos aspirations ; aussi, plus particulière- 



(i) M. le marquis de Boii-geliii est mort le a3 Jwi/icr i()o5, âgé de près de 
8/4 ans, dans son hôtel à Aix. 



~ 6 — 
mniLnos regrets ont ils été poiunants et douloureux. Nous tenons 
aujourdlinlà rendre imbllrjae notre d'elle de reconnaissance en 
associant ces regrets à ceux d'abord de sa famille, de tous ses 
compatriotes, ensuite et peut on dire, qui c/iargeaient. le jour 
de ses ot)sèfjues, M. le Conservateur de la bibliothèque Méjanes 
d'être le mandataire de leurs douloureux sentiments. 

L'AUTEUR. 



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A MONSIEUR PAUL ARBAUl), 



MEMBRE DE L ACADEMIE D AIX 



Des sentiments de reconnaissance nous sont aussi dictés, d'au- 
tre part, en faveur de notre bienveillant parent et ami, le mécène 
Aixois, ce bibliophile provençal, si distingué et si modeste, dont 
les précieuses richesses en docume/its, objets divers et livres 
rares locaux, sont toujours à la disposition de ceux de ses 
compatriotes qui veulent travailler et s'occuper d'histoire inté- 
ressant la Provence. Qu'il reçoive ici nos remerciements pour 
nous avoir laissé maintes fois, profiler dans nos pjelits travaux, 
des pièces de ses riches collections. 

L'AUrEUIi. 




LK LIVUK l)K HAISO.N 



DTTOA 



K GRAS 



Conseiller au Parlement de Provence, 



Dernier Seigneur de Mi m e t 



AVIS DE LAUTELH 

Succédant, en 18G7, ^ ^^ taniille de (iras de Prégentil 
dans la possession de ses archives domestiques et de quel- 
ques pièces intéressant son ancienne seigneurie de Miniet. 
nous avons recueilli, dans ces papiers, certains documents 
pouvant servir de complément à ceux déjà donnés par 
M. II. de (lérin-Ricard dans sa monographie de cette com- 
mune (i). Parmi les plus curieux s'est trouvé le Livre de 
raison du dernier seigneur de Mimet, Honoré .1" J'' F"'^ Louis- 
Martin de Gras de Prégentil, conseiller au parlement de 
Provence. C'est dans ces pages que nous avons puisé la 
presque totalité des documents utilisés pour notre travail. 

Nous avons cru devoir y joindre une notice généalogique 

(1) Revue de Provence, i»)o3. Direct. -gér. : P. Ruât, lih. à Marseille, rue Paradis. 



I 



— lO — 
sur la famille de ce magistrat, prise aussi dans son livre et 
plus complète que celles données par Arteleuil et les autres 
nobiliaires provençaux. QueUpies renseignements accompa- 
o-nent encore l'histoire des familles cpii possédèrent la seigneu 

rie de Mimcl avant M. de (nas telles que les d'Estienne de 

Chaussegros, les Crimaldi-IU'gusse et autres. 

D'autre part, nous avons eu soin de n'omettre aucun 

détail retrouvé dans nos archives pouvant intéresser la 

commune de Mimct avant 1790. 

Le récit de lexil du conseiller de Gras dans son Chateau- 
Bas de Mimet pendant plusieurs années, exil arrivé à l'occa- 
sion de la cassation des parlements par le chancelier Maupeou 
et écrit par lui-même, sera pour notre travail une page 
intéressante de l'histoire de Provence: les incidents tout 
particuliers renfermés dans cette narration, et la noble 
conduite de son auteur, ne pourront être qu'appréciés par le 

lecteur provençal. 

C'est pendant ces trois longues années d'exil que M. de 
(iras analvsa et consigna dans son Livre de raison les nom 
breux détails se rapportant à sa seigneurie de iMimet et aux 
familles (jui l'avaient possédée avant lui. 

Ce Livre de raison, rédigé par son auteur jusipi'à la veille 
de sa mort, arrivée en 1799, et dans lequel sont écrits 
aussi les événements dont il fut témoin ci victime au mo- 
ment de la Hévolution. forme un gros volume in folio de 
plusieurs centaines de pages, recouvert en parchemin, 
dune écriture fine et ronde, très régulière, agréable au 
coup d'oMl pourrions-nouc^ ajouter. Quelques unes de ces 
pages sont de la main de son fils aîné, Jean-Paul, qui fut 
plusieurs années maire d'Aix, conseiller, plus tard, à la Cour 
d'appel ; elles n'ofl'rent qu'un intérêt restreint. 

C'est ce dernier qui. par son alliance, en i8oi. avec Clo- 



1 1 



tilde de Barreme, sœur de notre aïeule paternelle, devint 
notre grand-oncle Son fils unique, Charles, étant mort 
avant sa mère après avoir fait ses dispositions testamentai- 
res en sa f[iveur, notre famille fut ainsi appelée à recueillir 
une partie de la succession de la famille de Gras. 

Nous espérons que le lecteur qui a lu avec satisfaction et 
attrait la monographie de la commune de Mimet, déjà 
publiée, disions-nous, par notre érudit et distingué collègue, 
trouvera encore, dans noTrc travail, quelques pages qui 
pourront l'intéresser et qu'il confondra ensuite dans son 
souvenir tous ces documents pour n'en former qu'un tout 
sous la dénomination d'histoire de Mimet, par M. H. de 
Gérin Ricard. 

Paul DE Faucher, 

Membre correspondant et lauréat de la Société de statistique 
de Marseille, des Académies dWix et de Vaucluse. 



— I.s — 

CllAPITHE I- 

Acquisition de la scignouric de Miinel par Honoré de (iras, conseiller au 
Parlement de Provence. - Les r,rinialdi-Kégussc et les d'Estienne de 
Chaussegros. — Aucune substitution à craindre. 

Ce fut le 17 juin 1771, devant M Perrin, notaire d'Aix, 
que se passa l'acte de vente de la seigncui^e de Mimct par 
le marquis de Grimaldi-Hégusse au conseiller de Gras. 

Charles Louis-Sextius de Grinialdi, marquis de liégusse, 
seigneur de Mimet, Villeneuve, Coutelas, Saint-Martin, 
Montmeyan, conseiller du Roi en tous ses conseils, second 
président du parlement de Provence, en qualité d'héritier 
de dame Lucrèce d'Estienne de Ghaussegros, sa mère, dame 
de Mimet, par son testament enregistré rière Lorry, notaire 
au Ghalelet de Paris, le 9 mars 1708, et comme héritier 
encore ah intestat de Charles de Grimaldi, marquis de 
Régusse, son père, aussi second président à mortier de ce 
parlement et seigneur dudit Mimet, vend à Mcssire Honoré 
Jcan-Joseph-Franvois-Louis Martin de Gras de Prégentil, 
chevalier co-seigneur de Rousset, conseiller au parlement 
de Provence, la terre, place et seigneurie de Mi met, viguerie 
d'Aix, avec la haute, moyemie et hasse justice (mère, mixte 
impère) (i), et tous droits en dépendant, ladite seigneurie 
ne relevant que du roi. Ensemhle la directe universelle sur 
tous les hiens du terroir avec tous les droits seigneuriaux 
quelconques, soit de rétention par fief et prélation et au- 
tres (2), droits de lods à raison du douzième et toules les 
censés imposées sur presque tous les hiens dudit terroir, se 
montant en hlé à soixante charges, et en argent à 3oo livres, 
en poules au nomhre de quarante, avec d'autres droits en- 



(0 Voir sur ces expressions qui. ainsi traduites, ne signifient rien. la savante 
explication donnée par lerudit M. Lieutaud. à propos du Léopard de Sistcron, 
dans le Hullctin de la Société scienlifujue et littéraire des Hasi:'i-Alpes de i88y, 
pp. 12C et i3o, notes. 

(2) L'explication de ces termes de droit féolal sera donnée plus loin à l'occa- 
sion de certaines difficultés que craignit d'avoir M. de Gras. ^ 



core et censés sur les territoires voisins de Gardane, 
Simiane, Allauch, Château Gomberl, \uriol, Roquevaire, 
Aubagne, montant à un revenu total d'environ 700 livres. 

Dans les biens utiles de la seigneurie figurent quaive bas- 
tides ou ménages avec leurs Iciiemenls de terres, vignes, 
bois, savoir celles de la Tour, de Chateaubas. de la Gali- 
nière el de la \tirerie ou Doudon : plus les moulins ba- 
naux tant à eau ([u'à vent, et le tour aussi banal. En outre, 
le rlîifcau vieu\, le château neuf ou bas, les pigeonniers, 
les lontaines. les sources des eaux et les mines quelconques 
avec tous les bàtimenls du vieux chateaii servant d'auditoire 
de justice et ce dont le surplus a été donné à censé aux 
habitants. Y compris encore tous les droits honoriliques 
appartenant au seigneur tant à l'église de N.-Dame des Anges 
qu'à la paroisse: celui entre autres de placer son banc 
déglise dans le sanctuaire el l'obligation de messieurs les 
Pcres de l'Oratoire de Notre-Dame des Anges de Iburnir aux 
seigneur et dame de Mimet et à leur juge une chanUjre à 
chacun lorsqu'ils vont à cette maison. Enfin toutes les mi- 
nes de charbon de Cardane, les droits de dépaissance audit 
pays et à Allauch, les terres cultivées et incultes, jas ou 
bergeries qui s'y trouvent. Laquelle vente est faite pour le 
prix de 200.000 livres et 100 louis d'or ou 2.^100 livres de 
droit d'épingle. Sur ce prix, les biens nobles sont compris 
p III 227.000, et les roturiers pour 23. 000. A compte de 
ces prix, l'acquéreur remet au vendeur la somme de 
2/40.178 livres en dilTérents capitaux à constitution de rente 
à exiger de divers particuliers ou corps de communautés. 

L'acte fut insinué au bureau de Gardane par le sieur Mou- 
tonnier, receveur, pour 3.2/12 livres ^ sols, y compris le 
centième denier. Le contrôle se fit à Aix parle sieur Dutem- 
ple, (iui perçut 383 livres 10 sols. 

\])rr's avoir transcrit l'acte d'achat de sa seigneurie in 
cxieuso dans son Livre de raison, M. de Gras ajoute que, lors 
de son acquisition, le bail de ferme générale à André Lyon, 
négociant de Bouc, avait encore une durée de (juatre ans, 
mais que, ne voulant pas de fermier général, il résilia avec 
ledit Lyon, moyennant quelques avantages qu'il lui (it. 



— li) 



« ... Mais bientôt je m'aperçus, écrit M. de Gras, que 
« M. de Hégusse aliénait les capitaux que je lui avais cédés 
« au profit de créanciers autres que ceux qu'il m'avait 
(( indiqués dans mon acte d'achat, et je dus lui déclarer 
(( par voie d'huissier que je ne pouvais plus consentir à 
« l'aliénalion d'aucun d'eux. (|ue ce ne fut pour rembourser 
(( des créanciers désignés, et j'exigeai qu'à l'avenir les dits 
u capitaux ne seraient plus éteints qu'en ma présence, et je 
(( fis signifier cette mesure à tous les créanciers inscrits de 
« mon vendeur. J'eus à ce sujet quelques contestations assez 
(( vives avec M. de Kégusse, même je dus le faire assigner 
u en justice pour l'obliger à exécuter les pactes si essentiels 
(( de notre contrat. Il promit alors de ne plus affecter que 
« par actes publics les capitaux dont je lui avais fait ces- 
« sion pour le paietnent de ses dettes. Malgré sa promesse, 
u il durerait toujours à s'exécuter, et ce ne fut pas sans 
u peine que je le déterminais à agir comme il devait... » 

11 eut tout d'abord à prendre des arrangements avec 
l'héritier de Erançoise de Bonardi, sa première femme (i;, 
messire Jean-Baptiste de Bonardi, chevalier, baron et pa- 
tron du .Mesnil-Lieubray, seigneur de Colombier-sous- 
lUvière, Grécy, Mainville, Montoy, La Eourcière et autres 
lieux, conseiller-maître honoraire en la chambre des comp- 
tes de Paris, au sujet de la garantie de la somme de i53.ooo 
livres qu'il devait encore sur les 200.000 de dot de sa dite 
première femme, mais dont il avait la jouissance selon ses 
dispositions testamentaires, allons-nous voii', du .") juin 1758 
reçues par Davier, notaire au Chàtelet de l^aris. 

Nous retrouvons plus tard le même J.-B. de Bonardi 
donnant assignation au fils mineur du marquis de Ré- 
gusse, André-Benoît Charles-Xavier, pour avoir à ratifier 
l'acte de rémission du restant de la dot de la dame mar- 
quise de Régusse, sa cousine, à la suite du décès du prési- 
dent de Régusse arrivé à Aix le y décembre 1784. Ce fut le 
tuteur du jeune homme, noble Amé-François Gougnasse 



(i) Nous donnerons plus bas ce contrai de mariage. 



— ïi; — 

des Jardins. (Vu ver. seigneur de Messon, Villccerf. Crécy, 
«•■enlilhonniie ordinaiie de Madame, habitant Paris, qui 
envoya ses pouvoirs;» J'' Aubeil, olVieier de la monnaie d'Aix, 
pour le représenter en cette eirconslance. 

Cei)endanl, quehiucs années après la vente de Mimct, il 
avait paru à l'aecpiércur de la seigneurie que le droit de 
ftoninier n Umics les J'ondd lions incs rlahlies en laveur des 
habitants de la commune, notammcnl à la dotation de 
'.i\ livres pour une |)auvre lille à marier, n'avait pas été 
claiiement spécifié dans Tacte de vente de 177». et M. de 
(iras exigea du président marcpiis de Hégusse la reconnais- 
sance |)arliculière de ce dioit. par acte du My avril 177»). afin 
d'éviter des dilïicultés possibles à l'avenir. 

Lfs Grimaldi RÉc.rssi: v.v les d'I^stu-nnf m: Ciiausseghos. 

La seigneurie de Mimet. nous dit M. de (iérin-Kicard, était 
obvenue au marcpiis de (Jiimaldi lU'gusse par son alliance 
avec la t'amille dl^stienue de Chaussegros, chez laquelle elle 
était entrée plus anciennement par succession de la maison 
des Foyssai-d de Chaussegros. 

En ellet. le .io Juin 1700, écrivant llonde. notaire d'Aix. 
aNait été passé le mariage de Charles de (iiimaldy. chevalier. 
mar(juis de Hégusse. fds de Gaspard, aussi manpiis de 
Uégusse, seigneur de Villeneuve. Coutelas et autres lieux, 
président à mortier au Parlement d'Aix, et de Charlotte de 
Caslillon île Bévues, avec Lucrèce dEstienne de Chaussegros, 
dame de Mimet, iillc de l'eu Louis et de survivante Margue- 
rite de Kévilhasc. 

Le mariage s'était fait à Aix, en présence de M. le premier 
président et intendant de Provence, Pierre Cardin Lebrcl, 
de Sauveur de (irimaldi de Uégusse, oncle du marié, de 
J'' de Thibaut de Tizati. seigneur de Sannes, conseiller au 
ParlemcnL beau-frère du contractant: de Paul de Eorbin de 
La Barben, docteur en théologie, chanoine de Saint-Sauveur, 
son oncle maternel ; de François de Laugier. chanoine capis- 
col du chapitre de Saiid Sauveur d'Aix : de noble Joseph de 
Chazelles, correcteur à la Courdes Comptes ; de noble Pierre 



de Chazelles, lieutenant-général des Soumissions au siège 
de Digne, ses cousins-germains, et de ses autres cousins, 
Louis de Pontis, gouverneur pour le roi de la ville et cita- 
delle de Seyne ; Joseph de Rabasse de Tulle de Glandevès, 
seigneur de Vergons; Pierre Uoustan, bourgeois, et de plu- 
sieurs autres parents et amis non nommés. 

Lucrèce d'Estienne de Mimet, la future épouse, avait été 
héritière de son père par son testament du 12 décembre 1696, 
reçu par llonde. Lue somme de 6(3.000 livres lui est assurée, 
sur laquelle '2\ 000 seulement proviennent de son dit père ; 
mais la veuve, qui avait la jouissance de la majeure partie 
de la fortune de son défunt mari, le seigneur de Mimet, fait 
une pension annuelle de 1.800 livres à la future. 

Le président de Hégusse, de son coté, fait donation à son 
fils de sa charge de i)résident, de son hôtel à Aix avec tout 
ce qu'il renferme en meubles, livres, vaisselle plate et argen- 
terie, linges, etc., tel que lui-même l'avait reçu de son 
père, le 20 novembre iG63, lors de son mariage avec 
M"*" de Castillon de Beynes (écr. Alphéran, not.)ll lui subs- 
titue, ainsi qu'à ses enfants nulles à naître, le marquisat de 
Hégusse et toutes les seigneuries qui en dépendaient (i). Il 
lui renouvelait en un mot les avantages qui lui avaient été 
faits jadis par son propre père. La marquise de Hégusse fai- 
sait donation à son fds de la moitié de son propre bien. 

L'acte fut passé dans l'iiôtel de M^'^ l'intendant, en présence 
de noble Claude Brochier, ancien secrétaire du roi en la 
chancellerie près la cour des Comptes et autres témoins. 

Aucune crainte de substitution a invoquer dans l'avenir 

POUR LA seigneurie DE MlMET. 

Après avoir mentionné ce contrat de mariage du marquis 
de Régusse, père de son vendeur, avec M"*^^ d'Estienne de 
Chaussegros, dame de Mimet, Honoré de Gras, écrivant son 



(1) La terre de Reçusse, érigée en marquisat en ifi^g en faveur de Gaspard de 
GrimaKli, trisaïeul de Charles, comprenait les seigneuries deMoissac, Remoules, 
Hoquelbrl, Saint-Martin cl autres terres. 

LIVRE DE KAISON 2 



it' 



^ i8 — 

Livre de raison pour ses enfants, observe « ... 7^'//^ n'ont à 
craindre aucune ouverture future de substitution, allenda que 
[,»!])- rKstieiine de Clmussegros faisait à sa fille, dans son 
testament, l'obligation de disposer après elle de ses biens en 
faveur d'un de ses entants niales qu'elle choisirait ; comme 
i Ih n'a laissé qu'un lils, M. le marcjuis de llégussc mon ven- 
! u! i! a été béritier i)ur et simple do sa mère et de son 
ii ui il terre de Mimet est donc libre, et j'ai pu Tacheter de 
ce gentiliiomme en toute sûreté parce i\\ielle n'est substituée 
à personne » . 

M\! î\{:e m: Louis d'Estienne de GiiAUSSEcaos, seigneur 
DE Mimet, avec Mauglerite de Hévilhasc. 

Le 2 octobre 1681 (écr. Tiers, not. de Veynes, en Gapen- 
çais), avait eu lieu le mariage de noble Louis d'Estienne de 
« h iiibsegros, seigneur de Mimet, fils de feu noble Gaspard 
cl de dame Isabcau de Roustan (sic), avec Marguerite de 
Révilhasc (i), fille de noble Jacques, seigneur majeur de Vey 
nés et de Lucrèce de Bonne. Le marié était assisté des con- 
seils de son frère Cosme d'Estiemic de Ghaussegros, et la 
mariée agissait avec la permission de ses père et mère en 
présence de noble François Deydier, seigneui d Vllons, co- 
sei<niour de Mevrcuil en Dauphiné. son beau frère : de noble 
h lî! L.Hiis de Hévilbasc, seigneur d'Aspres, son cousin, et 
d'autres parents. La mariée appartenait à la religion réfor- 
mée. 

Les parents constituaient à leur fille treize mille livres 
seloniavateurde rédict, est-il stipulé (2). La future avait un 
frère, Alexandre de Kévilbasc, seigneur de Glômes(3), retenu 



(i) Celle faniille, orij,Mnaire du Piémonl. avait alors une grande importance dans 
le r.apencais. Sa généalogie a été donnée par Guy Allard. Lucrèce de Bonne 
appartenait à la branche d'Oyze et d'Auriac. A propos de la seigneurie du Bar- 
roux qu'elle possédait dans le Comtat. Pithon-Curt en a donné riiistoire dans 
le 3' volume de son nobiliaire, mais il est très incomplet et ignore la descendance 
de Jacques. 

(a) Quelque édil qui avait attribué une nouvelle valeur à la monnaie. 

(3) M. de (Jras écrit Chiniu-s, nous n'avons pu retrouver cette terre ; c'est peut- 
être le Clème, hameau du mandement de Montboiuiot qu'il faut lire. 



— 19 — . 

à Paris par son service de premier marécbal-des-logis de la 
seconde compagnie des mousquetaires du roi. 

Testament de Louis d'Estienne de Ghaussegros, seigneur de 
Mimet. — Refus de sa fille de satisfaire a l'obligation 

QUI LUI EST imposée. 

Louis d'Estienne dcGbaussegros, seigneur de Mimet, avait 
fait son testament le li décembre 1696, par-devant Honde, 
notaire d'Aix. par lequel il léguait à la dame de Révilhasc, 
son épouse, les fruits et usufruits de tous ses biens, à la charge 
d'entretenir ses enfants. 11 léguait aussi à Gabrielle et à Isa- 
beau d'Estienne de Ghaussegros, ses Jittes cadettes, à chacune 
36. 000 livres et faisait son héritier sajitle aînée Lucrèce, substi- 
tuant ses biensauxenfanlsc/ec^^//c'//7/^ou, s'il n'y en avait pas, 
à ses sœurs et ensuite à noble Jean d'Estienne de (ghaussegros, 
son frère et, à leur défaut enfin, à Honoré d'Estienne de Ghaus- 
segros, seigneur de Lioux, son cousin germain. Le testateur 
ajoute que u voulant tacher de continuer sa famille et les noms 
et armes de la maison d'Estienne de Ghaussegros, il ne 
peut le faire qu'en mariant son héritière, comme il l'a pro- 
jeté, à noble Gosme d'Estienne de Ghaussegros, fils aîné 
dudit Honoré seigneur de Lioux, et qu'il ne fait sa fille son 
héritier quà cette condition. » 

Le testament fut passé dans une des salles basses du châ- 
teau-bas de Mimet, devant le notaire royal d'Aix sus-nommé 
et en présence de maître Jean Deleuil, bayle et lieutenant 
du juge dudit Mimet. 

Mais, devant cette obligation que lui faisait son père, con- 
traire à la morale et à la loi qui laissent les filles libres dans le 
choix de leur époux, Lucrèce d'Estienne, dame de Mimet « Ma- 
demoiselle de Mimet », comme on l'appelait, étant pour lors 
âgée de i3 ans et se trouvant en pension dans le second mo- 
nastère des Lrsulines d'Aix. fit présenter, par M^ André Eissau- 
tier, procureur au siège de cette ville, une requête à Joseph de 
Tressemanes, seigneur de Ghasteuil et deRousset, conseiller 
au parlement de Provence et lieutenant-général en même 
temps au siège général d'Aix, pour qu'il ait à réunir un con- 



f 



— 30 — ' 

seil de taiiiille qui dccidcrait si u elle derdit élre privée de 
1(1 succession de son père (ta cas on elle refnserail d'épouser 
son cousin », d'autant quelle avait eu à son couvent la visite 
de M. de Lion \ 1 lonoré d'Kstienne de (^liaussegros, qui, pour 
la presser de célébrer ce mariage avec son fils, lui avait l'ait 
i!aicndre que, si elle n'y consentait pas, elle serait privée des 
bien- Ho son père ; u or, les menaces de son parent ont mis, 
dit la requête, le trouble et l'iiuiuiétude dans son esprit et 
c'est pour cela qu'elle a voulu suivre l'opinion des autres 
membres de sa famille et se laisser conduire par eux. »> 

Donc, le i5 octobre 1G98, les parents convoqués se trou- 
vèrent réunis en personne ou par procuration devant le 
lieutenant-général de Tressemanes, et figuraient : 

N. Josepli de Cbazelles, correcteur à la Cour des comptes 
de Provence : 

S-^ Pierre Roustan, bourgeois d'Aix, oncles paternels à la 
mode de Bretagne : 

N. Josepli de Révilbasc, S^' majeur de Veyne. son oncle 
liiatcrnel ; 

N. Josepb de Cbazelles, lieutenant des soumissions au siège 
d'Aix, son cousin-germain ; 

Nobles J" 15. de Durand de Fuveau et .1" Augustin de Far- 
ges, S^' de Uousset. cousins-germains ; 

N. Gaspard de Kabassc de Tulle, sieur de Ycrgons, cou 
sin • 

N. Louis de Pontis, gouverneur de Seynes : 

N.Jean d'Estienne de Cbaussegros, oncle paternel. 

EtaienI aussi présentes la dame Marguerite de Uévilbasc, la 
mère, veuve de Louis d'Estienne de Cbaussegros, et sa sœur 
Su/aiuie de Kévilbasc, veuve de N. Cosme d'Estienne de 
rîîniîssegros (i), et tante germaine de la demoiselle Lucrèce. 
Lesquelles dames, mère et tante, déclarèrent tout d'abord que, 
contrairement à ce qu'on disait sur leur avis, elles n'avaient 
jamais entendu enq^écber la demoiselle de Mimet de rester 
libre dans le cboix d'un époux, quelles consentaient à ce 



(1) Les grih'alo^isles. ont toujours confondu ces doux sœurs. 



— 21 



qu'elle se fasse assister d'un curateur et d'une assemblée de 
ses parents pour se faire rendre la liberté d'action, d'autant 
(( qu'il n'y a rien de plus naturel et juste à une fille de cboi- 
sir un mari qui lui soit agréable s'il est convenable. » 

Tous les parents présents ou leurs procureurs furent de 
cet avis et M. de Tressemanes décida que M"*" de Mimet, 
assistée de son curateur, se pourvoirait devant le tribunal 
pour faire déclarer que sans s arrêter aiia- disposilions tesia- 
nienlaires de son père, elle peut épouser qui elle voudra avec le 
consenlemenl de sa mère et de ses oncles, sans pour cela être 
privée de la succession de son père. 

Et alors, connue nous l'avons déjà dit, le 3o juin 1700, 
ayant atteint sa quinzième année, M"' de Mimet avait épousé 
le marquis Charles de Grimaldi de Régusse. 

Les demoiselles d'Estienne de Chaussegros mises 

AUX Lrsulines d'Aix. 



Toujours attentif à ce qui pouvait être nécessaire pour ses 
descendants à la possession sans conteste de sa seigneurie de 
Mimet, Honoré de Gras ne manque pas de consigner aussi 
dans son Livre de raison les dilTicultés qu'avait eues le mar- 
quis de Régusse, époux de la dame de Mimet, Lucrèce 
d'Estienne de Cbaussegros, et père de son vendeur, avec 
le couvent de Sainte-Ursule d'Aix, 011 avaient été élevées 
cette dame et ses deux jeunes sœurs, que nous avons vu 
mentionnées au testament de leur père : et il raconte que : 

Alamorl du seigneur de Mimet, Louis d'Estienne de Chaus- 
segros, les trois demoiselles ses filles, Lucrèce, Gabrielle et 
Isabeau, furent mises par ordre de S. M. dans le second 
monastère des dames de Sainte-Ursule d'Aix, appelé les 
Andrettes, pour y recevoir une éducation dans la religion 
catholique, apostolique et romaine et dissiper de leurs esprits 
les impressions de la religion prétendue réformée qui pourraient 
leur avoir été inspirées par leurs parents. Elles avaient répondu 
à ce désir et M. de Régusse ayant dans la suite épousé l'aînée, 
les deux plus jeunes restèrent dans ce monastère, dont la 
dame de Fargucs, religieuse et parente de l'archevêque 



'12 



(IViv, l'tait dircclricc, économe et supérieure de fait si elle 
ne l'était d'élection et de titre. Or, cette daine se rendit tel- 
lement maîtresse de l'esprit des demoiselles de Mi met. de ce- 
lui delà cadette surtout, qu'elles n'agissaient plus que par ses 
ordres. Isabeau. la plus jeune, décéda dans le mois de décem- 
bre 170*^ âgée de treize ans. léguant 1 .000 francs à la dame 
su[)érieure et une pension de r)o livres à la maison. Gabrielle 
avait pris lliabit de Tordre (i). il ne fut tentatives qu'elle 
n'eut à su[)porter lors de son entrée au noviciat à quinze ans, 
pour ne rien donner à sa sœur de Uégusse qu'on lui repré- 
sentait comme maladive. n*a\ant(iu'un enfant sans santé et 
qui, un jour, laisserait son bien à des étrangers au sang 
des d'Hslienne. L'abbé de Jullians, prévôt de Saint Sauveur, 
r il>!u' de Fargues, l'nn frère et l'autre cousin de la supé- 
rieure, tous deux grands vicaires de l'arcbevéque et qui 
avaient la direction de ce monastère, mêlèrent leur éloquence 
pour persuader à (Gabrielle de Mimct, non de lester en 
faveur de son couvent, ce qui pouvait être cassé par le par- 
lement comme contraire aux cdits, mais de lui laisser au 
moins des avantages [)éc!niiaires considérables. On obtint 
même un arrêt du conseil du roi ([ui autorisait cette reli- 
irieuse mineure à faire don de 20.000 livres à ce monastère 
et on retarda la cérémonie de sa prise d'babit tant qu'il fut 
possible et jusqu'au jour uù larcbevéque eut appris au mar- 
quis de Kégusse (pi'il avait à pavei' les '>o. 000 livres données 
par sa belle-sœur et i.S.ooo autres cédées à des parents par 
divers legs. M. de Kégusse fut furieux, observant que sa for- 
tune ne lui permettait pas de disposer de ces sommes, que 
la succession de sa mère était déjà grevée de 12.000 U'. de 
dettes. Mais il n'était nullement disposé, néanmoins, à enta- 
mer un procès avec le couvent, soutenu par l'arcbevéque 
d'Aix et s'aulorisant dim arrêt du conseil du l\oi : et alors, 
par crainte de perdre le restant de la fortune de son beau- 
père que sa belle-sœur possédait encore et attendu que, sous 
l'empire absolu de la supérieure dans lequel elle se trouvait, 



(i) Elle mourut religieuse dans ce couvent en 1767 ou 1768. 



— 23 — 

elle aurait pu en disposer en faveur d'un tiers, il acquiesça 
à tout ce qu'on exigeait de lui, avec l'espoir, néanmoins, de 
se pourvoir un jour en cassation contre l'arrêt du conseil du 
Koi ci ics dispositions de sa belle-sœur ( i). ^ 

Testament de Lucrèce d'Estienxe de Chaussegros, 

DAME DE MiMET ET MARQUISE DE REÇUSSE. 

Le 6 juin 1703, écrivant Bonhomme, notaire au Ghâtelet 
de Paris, la marquise de Hégusse fit son testament. Elle 
se trouvait pour lors à Paris, indisposée et logée à l'hêjtel 
d'Allemagne, paroisse Saint-Sulpicc, rue Jacob, et voici ses 
dispositions : 

Elle veut être enterrée au tombeau que possède son mari, 
à Aix, aux Pères de l'Oratoire ; elle fait son fils unique, 
Gharles-Louis-Sextius de Grimaldi, son héritier: toutefois, il 
ne jouira de ses biens qu'au décès du marquis de Régusse. 
son père. Substituant ces biens à sa propre sœur, qui, à ce 
moment, n'était pas encore religieuse, mais elle ajoute qu'au 
cas où celle-ci entreiait en religion ou décéderait sans 
enfants, elle les lègue à son mari. 

Elle déclare avoir fait trois autres testaments antérieurs 
qui n'exprimaient pas toujours sa volonté; celui seul où figu- 
reraient ces mots : Mon Dieu, fditcs-moi miséricorde, doit être 
valable. Et aujourd'hui encore, dit elle, si jamais j'en refais 
un nouveau, il n'exprimera ma fidèle volonté que si cette 
mention expresse y figure aussi. 

Mort de la marquise de Reçusse, preuve que la terre 

de Mimet est libre. 

Le 9 mars 1708, Gharles de Grimaldi, marquis de Régusse, 
avocat général au parlement de Provence, écrivait à Paris au 
lieutenant civil, lui disant que la dame Lucrèce d'Estienne, 
son épouse, était décédée à Aix depuis un mois et sachant 



(1) Rien, dans nos documents, n'indique s'il mit son projet àexécution. 



o/i 



2 1 

qu'elle avait fait un testament dépose en l'étude de 
M*" Bonlioinmc, not;iire au Clialeict, il demande que l'ouver- 
ture en soit faite pour en connaître les dispositions et qu'il 
soit ordonné par lui, lieutenant civil, que M*^ Lorry, succes- 
seiu' de M' Bonhomme, apporte en sa présence ledit testa- 
uient [)()ur, (|u'ouverture opérée, une expédition lui en soit 
adressée à Aix. 

Toutes les foirnalités fuient faites en conséquence. 

<( ... Donc (ajoute M. de (iras, en homme de loi cormais- 
sant toutes les suhlililés délicates auxquelles donnaient lieu 
les anciennes suhstitutions et le parli cjue certains créanciers 
ou avocats [)ouvaieid en tirer), la dame Lucrèce d'Kstienne 
de Chausse'nos n'avant. lors de sa mort, laissé d'autre enfant 
(juc M. de Bé^usse, mon vendeur, celui-ci lecueillil loulc la 
succession de sa mère, et par conséquent la terre de Mimet, 
tant en vertu du susdit testament (|ue par la suhstitulion 
faite dans celui de son <j;ran(l-père. Louis d'Estienne, est lihre; 
terre qu'il recueillait comme enfant uniciue de sa mère 
et celle ci ne greva point son lils de suhstitution dans son 
testament : elle ne l'aurait pas pu, parce qu'elle était elle- 
même grevée de lui rendre son héritage par testament de 
son père. C'est pourcpioi. je répète que la terre de Mimet 
est lihre sur la tcte de mon vendeur. » 

Li:S THOIS MA1UA(.KS DU MAHQUIS Di: BkIÎUSSK. VENDELH DK L\ 
SEICNKIHIE DE MiNn.r. La lAMlLLi; UE GlUMAI-I)I-BÉ(iUSSE 

jusqu'à nos jours. 

C7ir//*/ci-Louis-Sextius marquis de Grimaldi de Bégusse 
qui avait vendu sa seigneurie de Mimet à Honoré de Gras, 
en 1771, s'était marié trois fois (1) ; [)remièrcment, en 1725, 
à l'rancoise de Bonaid\, et nous avons vu l'héritier de 
cette dernière réclamer sa dot hy})othéquée sur la sei- 
gneurie de Mimet. 



— 20 — 

Ce premier mariage avait eu lieu devant les notaires, au 
Chatelet de Paris, Delahre et Pinatel, le 5 février 172.^). Le 
marquis de Bégusse, président à mortier au parlement de 
Provence, était venu loger à Paris, rue du Colombier, a 
l'hôtel Notre Dame, quartier de Saint Gcrmain-des-Prés, 
paroisse Saint-Sulpice. 

Françoise de Bonardy était fille d'Augustin Bonardy, 
écuyer, seigneur de Trouveille (ii, chevalier de l'ordre de 
Saint Michel, secrétaire du roi, maison et couronne de 
France et de dame Geneviève Guignon. 

Le mariage se fit par l'intermédiaire de S. A. S. Madame 
d'Orléans, ahhesse de Chelles, qui ixjrldit beaucoup cVintérét à 
la Jeune mariée, et par les soins aussi de M'^' Honoré François 
de Grimaldi de Monaco, archevêque de Besançon, prince 
du Saint Empire, abbé de Saint-Maizant : de très haut et 
puissant seigneur M^" Jacques-François-Léonor de Grimaldi. 
duc de Valenlinois et d'Estouteville, pair de France, sire de 
Matignon de Thorigny, baron de Saint-Lô, Beuzeval et 
de Manéhou ville, seigneur de Gatteville, etc.. lieutenant- 
général de la province de Normandie, gouverneur des villes 
et châteaux de Cherbourg, Granville, Saint-Lô, etc. ; de haut 
et puissant seigneur Charles François de Vintimille, des com- 
tes de Marseille, comte du Luc, marquis des Arcs, gouver- 
neur des îles de Por(|uerolles. lieutenant du roi en Provence, 
chevalier des ordres de Sa Mujesté, conseillci- d'Etat: de 
messire Jean-Baptiste Monier, chevalier, seigneur de Châ- 
teaudun : de messire André de Joannis, chevalier de Saint- 
Louis, ancien commandant de la citadelle de Mantoue : de 
messire André de Joannis, conseiller du roi en ses conseils et 
son procureur à la cour des comptes de Provence ; de mes- 
sire Augustin de Tamarlct de CharlevaL conseiller clerc au 
parlement de Provence: de messire Jérôme d'Argouges, 
chevalier, seigneur de Fleury, maître des requêtes ordinaires 
du roi en son conseil et lieutenant civil au Chatelet de 



(i)Le rcffretlé marciuis de Boisgelin, dans ses bioj,'^raphies des membres du 
parlement d'Aix (Annales de la Sociêlê d'études provenrales, n" 'i. juillet - 
adùt n|i)'i). indique; exactement les trois mariages du président de Régusse. 



(1) C'est à tort quArtcCeuil donne à la dame de Uégusse le nom de Bonardy 
de Crécy: cette terre appartenait à son cousin .lean-Baptiste, qui fut son héritier 
avons-nous vu et non au père de M"'* de Régusse. 



i 



— 2(1 — 

Paris ; de messire Jean-Baptisle-Joscph Languet de Gergy, 
prêtre, docteur en Sorbonne, curé de Saint-Sulpice : de l'abbé 
de Bonardy, tous parents, alliés ou amis des époux. 

La future se constituait 200.000 francs de dot qui furent 
bypothéqués sur la seigneurie de Mimet et le marquisat de 
liégusse, près de Barjols. Il était dit, néanmoins, que le 
futur se réservait de distraire de suite 26.000 livres de cette 
dot pour achever de solder la charge de président à mortier, 
qui étaient dues encore aux héritiers du président du Chaine. 

La dame de Bonardy mourut sans enfant, avons-nous dit, 
et par son testament déjà indiqué du 5 juin 1758, reçu Daviert 
notaire à Paris, elle laissait la jouissance de son bien à son 
mari et la nue-propriété à son cousin germain, J. B. de 
Bonardy. Nous avons vu aussi que le marquis de Régusse ne 
mourut que le 19 décembre 178/1. 

De son second mariage avec la demoiselle de Yaranchan, 
fait à Paris en 1759, M. de Régusse n'avait eu qu'une fdle, 
morte jeune, après sa mère et dont il fut par suite l'iiérilier 
en partie. La famille de Yaranchan fixa ensuite à 22 mille 
livres ce qui lui revenait de la succession de cette enfant. 

Dans ce contrat de mariage, le marquis de Régusse père 
faisait entrer sa terre de Régusse pour i^j.ooo livres de reve- 
nus, sa seigneurie de Mimet pour 5. 000, mentionnait une 
pension de 0.000 livres aussi que le roi lui faisait en consi- 
dération de ses services, sans oublier les revenus de sa charge 
de président et les jouissances qu'il avait de sa première 
femme. 

Le 20 juillet 1763, M. de Régusse se mariait pour la troi- 
sième fois avec Jeanne-Thérèse de Monyer, provençale celle-ci, 
fille de Jean-André de Monyer, seigneur de Chateaudeuil 
et d'Anne de Félix d'Olières. La future recevait en dot 
85. 000 livres. Le contrat fut passé au château de Régusse, 
par les notaires Régnier et Dauphin. 

Jeanne-Thérèse de Monyer, marquise de Régusse, mourut 
à Aix le 2 mars 1779. 

Le président de Régusse, son mari, avait fait son testament 
le 17 juin 1779, enregistré le i5 décembre 1784, le lende- 
main de son décès, aux écritures de M' Rambot, notaire d'Aix, 



— 27 — 

instituant héritier son fds aîné, André-Benoil-Charles-Fran- 
çois, que nous avons vu agissant sous la tutelle de M. Cou- 
inasse des Jardins et lui substituant ses fils cadets, dont plu- 
sieurs étaient chevaliers de Malte et, en cas de décès de ces 
derniers sans postérité aussi, il établissait une substitution 
en faveur du comte de Grimaldi de Gagnes, officier des 
vaisseaux du roi son parent, disait il. 

Le jeune et nouveau marquis de Régusse épousa à Aix, le 
28 février 1786, Marie-Thérèse-llenriette Delphine-Baptistine 
de Lombard de Castellet. 11 mourut à Saint-Paul les-Faïence, 
le 12 juin 1827, laissant deux enfants : 

I" Marie-Antoinette Hélène, née à Nice le 3 décembre 1790, 
mariée le 19 août 1822 à Amédée Pazery de Thorame, avocat- 
général à la cour d'Aix, démissionnaire en i83o, mort sans 
postérité à Aix le 12 aoijt i883. 

2° Charles-François-Marie Xavier de Grimaldi, septième 
marquis de Régusse, né à Fréjus le 19 février 1793, marié à 
Marseille, le 2 mai i832, à Marie-Louise-Yictorine de Barrigue 
de Fontainieu (lille d'Amiel-llippolyle et de M"" Noguier 
de Malijay), mort à Aix le 22 juin 186,'), dont Yalentine de 
Grimaldi-RégussevivantsansallianceàAix; Hippolyte Alfred 
de Grimaldi, huitième et dernier marquis de Régusse, né le 
M août i835 à Sisteron, marié à Marseille, le 21 septem- 
bre i858, à Maria Chabert,dont une fille, Garoline-Baptistine, 
née à Marseille en 1809, mariée le 25 avril 1880, à André 
Auguste-Roch Pichaud, négociant de cette ville. 



CHAPITRE 11 



La famille de Gras de Prégcnlil. - f^e Parlement Maupeou installé à Aix. 



Honoré Jean François-Louis Martin de Gras de Prégentil, 
co-seigneur de Roussel, conseiller au parlement de Provence, 
qui avait acquis, le 17 juin 1771, la seigneurie de Mimet, 
de Louis-Sextius de Grimaldi, cinquième marquis de Régusse, 
était né à Aix le 11 novembre 1720, de François-Louis de 



— 28 — 

Gras, aussi conseiller au parlement, et de Thcrèse-Margncritc 
de Mayol. II fut baptisé le lendemain dans l'église métropo- 
litaine de Saint-Sauveur; son parrain fut son aïeul maternel, 
Jean de \layol, conseiller aux Comptes, et sa marraine, 
Anne de Hcvest, son aïeule paternelle. Voici en quels termes 
il raconte lui-même dans les premières pages de son Livre 
de raison l'histoire de sa famille : 

Mes ancêtres croyaient par tradition que leur famille 
était originaire du duché de Ghampsaur en Dauphiné et 
quelle descendait d'un Henri Gras qui était bailli d'Embrun 
cil i35o. Mais je n'ai aucune preuve de cette descendance 
malgré toutes les recherches que mes pères avaient faites. 
Je porte pour armoiries : fond d'azur au lion armé et lampassé 
de gueules empêché (sic) de trois traverses de même ; la 
devise de ma famille est : slat fortis in ardais. 

Un M. de Gras de Prégentil, d'une des meilleures familles 
du Dauphiné, éteinte aujourd'hui, vint au siècle dernier en 
Provence etayant vu sur les vitres de notre ancienne maison, 
qui était à Aix dans la rue de la Tannerie, nos armes et 
notre devise ci-dessus décrites, dit à mon aïeul. Honoré de 
Gras, qu'assurément ils étaient de la même famille et il 
promit de lui envoyer tous ses titres, mais il mourut sans 
avoir exécuté sa promesse. C'est en suite de l'extinction de 
ces MM. de Gras de Prégentil, du Dauphiné, que depuis 
nond)re d'années nous avons ajouté à notre nom celui de 
Prégentil. 

Voici tout ce que je sais de certain sur l'origine de ma 
famille : je l'ai extrait du Livre de raison de mon aïeul. 

I. — Noble/5aio// Gras, de Marseille, se maria danscette ville, 
le lo mars i5/|o, avec Marguerite Perrine : mon aïeul avait ce 
contrat de mariage, je ne l'ai plus retrouvé : de ce mariage 
naquirent Marcelin et Elien/te Gras, ce dernier fut priem- 
claustral de l'abbaye de Saint Victor lès-MarseilIe : il fut 
aussi prieur de Saint-Léon et de La Roche, dans le Rouergue. 

IL - Noble Marcelin Gras se maria à Aix, le 18 août 1576. 
avec Mclchionne Guiran, fille de Mclchion, écuyer de cette 







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Armoiries de la famille de Gras de Prégentil, 

sailptccs sur pierre par Chastel, en 1771, pour la maison de la place des Prêcheurs, 

avec fac-similé du reçu de l'artiste. 

(Collection Paul ArbauJ, à Aix.) 



INTEN71CNAL. SECOND EXPOSURE 



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~ 28 — 

r.ras, aussi conseiller au païkiiicnt, cl de Thérèse-Marguerite 
de Aia^ol. 11 fut baptisé le lendemain dans l'église in-fropo- 
litainn de Saint-Sauveur; son parrain fut son aïeul maternel, 
Jean de Mayol, conseiller aux Comptes, et sa marraine, 
Aime de Revest, son aïeule paternelle. Voici en quels termes 
H raconte lui même dans les premières pages de son Livre 
de raison l'histoire de sa famille : 

Mes ancêtres croyaient par tradition que leur famille 
•t lif originaire du duché de Champsaur en Oauphiné et 
quelle descendait d'un II. mi Gras qui était baila ti Hmbrun 
en i35o. Mais je n\ii nh uiiu preuve de cette descendance 
iiialgic toutes les reciieiches que mes pères avaient faites. 
T*^ porte pour armoiries : fond d'azur au lion arméetlampassé 
de gueules empêché (sic) de trois traverses de môme ; la 
devise de ma famille est : sfat f'ortis in arduis. 

i n \l di Gia.-, de Prégentil, d une des nu dleures familles 
anplnné. éfointn aujourd'hui, vint au siècle dernier en 
iicc et ayant vu sur les vitres de notre ancienne maison, 
«|in lu! à Âix dans la rue de la Tannerie, nos armes et 
I! lie devise ci-dessus décrites, dit à mon aïeul, Honoré de 
Gras, qu'assurémeni ii> « laient de la même famille et il 
promit de lui cnvnxor înns ses titres, mais il mourut sans 
;i\ il exécuté sa promesse. C'est en suite de l'extinction de 
ces MM. de Gras de Prégentil, du Dauphiné, que depuis 
nombre d'années nous avons ajouté à notre nom celui de 
Prégentil. 

Voici tout ce que je sais de certain sur l'origine de ma 
fannllc : je l'ai extrait du Livre de raison de mon aïeul. 

I. — NobleBc/zo// Gras, de Marseille, se mariadanscette ville, 
le i3 mars i5/|0, avec Marguerite Perrine : mon aïeul avait ce 
contrat de mariage, je ne l'ai plus retrouvé : de ce mariage 
nncniirorit Marcelin et Etienne Gras, ce dernier fut prieur 
clau>lf 1 de l'abbaye de Saint Victor lès-Marseille : il fut 
aussi prieur de Saint-Léon et de La Roche, dans le Rouergue. 

IL — Noble Marcelin Gras se maria à Aix, le 18 août iSyG, 
avec Mcichionne Guiran, fille de Melchion, écuyer de cette 



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Armoiries de la famille de Gras de Prégentil, 

sculptées sur pierre par Chastel, en 1771, pour la maison de la place des Prêcheurs, 

avec fac-similé du reçu de l'artiste. 

(Collection Paul Arbaud, à Aix.) 



-bo- 
vine, et de Marthe Bompar, écrivant J'' Borrili, notaire, dont 
les écritures sont de nos jours dans l'étude de M^ J*" Boyer. 
N. Marcelin Gras était maître de la Monnaie de la ville d'Aix. 
J'ai vu l'original de ce contrat au folio 8S du registre de 
l'année lôyO de ce notaire. 

De ce mariage naquirent Honoré Gras et Sibille qui se 
maria, le 29 juin 1600, à noble Joseph de Raphélis, seigneur 
(le Broves, écrivant Maurel, notaire d'Aix. 

Par son testament du 20 juin i585, Maurel, encore notaire, 
Marcelin Gras fit son fils héritier, le mettant sous la tutelle 
de son oncle Etienne, le prieur de Saint-Victor. 

III. — Honoré Gras se maria, le 28 avril 1608, avec 
Catherine de Gaze, fille de noble Jean- Baptiste, écuyer de 
la ville de Marseille, et de Virginie de Nouveau : leur contrat 
fut reçu par Baldoin, notaire de cette ville. 

Bien qu'Honoré Gras eût dû se qualifier noble comme 
l'avaient fait son aïeul et son père, il ne prit néanmoins 
dans son contrat de mariage et son testament que la qualité 
d'avocat à la cour. Il mourut en i653. 11 avait, le 6 juil- 
let 16/48, fait son testament devant Beau, notaire d'Aix, après 
son fils. 

De son mariage naquirent plusieurs enfants : Jean-Baptiste 
qui fut prêtre et prieur de SaintGiniès, prieuré dépendant 
de l'abbaye de Saint-Victor, Henri qui mourut capucin et 

IV. — François, qui se maria, le 28 avril i64i,à Gatherine 
de Richéry, fille de Jacques, écuyer de Saint-Maximin, et 
de Sibille de Peyruis ; celle-ci, fille de Nicolas, seigneur de 
Montauroux, et d'Anne de Gambe ; leur contrat fut reçu par 
André Frégicr, notaire d'Aix. 

Le dit François, mon bisaïeul, mourut le 25 février i643, 
laissant sa femme enceinte qui accoucha le 25 mars suivant 
d'Honoré de Gras, mon aïeul. 

V. — Honoré de Gras épousa en premières noces Hélène 
de ïhomassin de Laincel, dont il n'eut pas d'enfant et se 
remaria, le 10 mai 1G81, avec Anne de Revest, fille de noble 
Honoré de Revest, sieur de Monvert, écuyer et secrétaire du 



-^ Mo — 

roi en la chancellerie, près la cour des Comptes, aides et 
finances, et de demoiselle Marguerite de Bonnet et sœur de 
i\J. le Conseiller de Mon vert. Le contrat fut reçu le 1 4 mai 1681, 
par Joseph Darhès, notaire d'Aix. 

Le 29 octohre 16G1, mon aïeul avait été reçu lieutenant 
général criminel et juge royal au siège d'Aix; après avoir 
exercé cette charge pendant deux ans et demi, il la revendit. 

Au mois de novembre 1668, il avait acheté une charge 
de conseiller au Parlement de cette province, eii laquelle il 
fut reçu le 29 janvier 16O9. Le 2] juin 17 10, il parvint à la 
place de doyen, en laquelle il mourut le 29 mars 1712. Son 
o!i(rrromont fut fait avec grande cérémonie; il fut enseveli 
«1 il- i' tombeau que notre famille avait depuis longtemps 
dans la chapelle des Frères pénitents noirs d'Aix (i). (Voir, 
p. ;")!. la note concernant la vente de cette chapelle.) 

La 1G78. mon aïeul avait acquis une partie de la co- 
seigneurie de Housset-les-Aix par sa possession des domaines 
nobles de la Queiranne et de la (irèze. Le 27 juin 169G, il 
prêta hommage au roi, pour ses biens, à la Cour des Comptes. 

11 testa le 2 octobre 1708 devant Darbès, notaire d'Aix (2). 

Du mariage de mon aïeul Honoré de Cras et d'Anne de 
Revest de Aînntvert luiffiiircnt plusieurs enfants, entre autres 
François- Ljhus de Gras, mon père, qui naquit le i3 août 1G9G. 

Manjucrile de Gras, ([ui épousa, le 2 janvier 170G, Jacques 
de Clapiers, seigneur de Collongue, capitaine dans le régi- 
luciil du Maine, chevalier de Saint-Louis. 

Catherine de Gras, née le 27 août 1696, qui ne se maria pas 
et mourut à \i\ le 22 décembre 1788. Elle fut enterrée dans 
le cimetière de la Madeleine. 

VL — François- Louis de Gras fut baptisé à l'église Saint- 
Sauveur, comme mes aïeux plus anciens. Il se maria, le 
4 décembre 172/i, avec Thérèse-Marguerite de Mayol, fille de 



(0 Son mortuaire, comme ceux de mes autres aïeux, sont dans les reg^istres 
des PP. Cordeliers d'Aix, parce qu'ils étaient aumôniers des Pénitents noirs. 

(3) Son portrait, peint par Fauchier, qui se trouvait dans la collection des 
portraits des membres du Parlement dans la scande salle du palais appartient 
aujourd'hui à la comtesse de Casteliiau, petite-nièce de M"" de Gras. 



— 3i — 

Jean, conseiller à la Cour des Comptes de Provence, et de 
Valentine-Marseille de Yellin. Les articles du mariage furent 
enregistrés, le 9 mars 1729, dans les éciitures de M*^ Guyon, 
notaire d'Aix. La dot de ma mère avait été de 38. 000 livres. 

François Louis de Gras avait été reça conseiller au parle- 
ment dans la charge de son père le 24 avril 171G, mais il 
vendit sa charge le 9 mars 1760 à M. de Meyronnet Saint- 
Marc, conseiller au parlement (i), qui l'acheta pour M. son 
fils qui, à son tour, fut reçu dans cette charge le 19 avril 
suivant. 

Mon père obtint du roi des lettres de conseiller hono- 
raire du parlement en date du 8 mai 17G5, et il mourut avec 
cette qualité, le 5 mai 1767. 

Mais déjà le 3i décembre 1745, mon père m'avait acheté 
la charge de conseiller au parlement de M. de Gautier de 
la Molle, au prix de 4o.ooo livres, plus 3o louis de pot-de- 
vin. C'est mon oncle, Louis Bruno de Mayol, qui paya mes 
provisions, et je fus reçu au parlement le 3i mars 1746. 

« .... Mon oncle, Louis-Bruno de Mayol, conseiller aux 
Comptes, avait l'intention de me faire son héritier, et tout 
d'abord il m'avait fait présent de cette charge de conseiller 
au parleiuent ; mais il ne voulait pas que les créanciers de 
mon père eussent des droits sur elle. D'autre part, ne vou- 
lant pas que sa parenté s'oifusquilt de cette donation, je fus 
censé lui servir une pension de 2.400 livres sur les revenus 
de ma charge à fonds perdus sa vie durant. Pour parer à 
ce qui pouvait arriver, il me donnait quittance d'un argent 
que je ne lui remettais pas. Bien m'en prit d'agir ainsi, car 
la tète de mon oncle s'étant dérangée, il fit un second tes- 
tament, par lequel il laissait la jouissance de sa fortune à son 
frère labbé, au lieu d'une simple pension de 1.200 livres 
exprimée par ses premières volontés. Il n'y eut qu'ennuis 
et tracasseries pour moi, après sa mort arrivée en 176G, et 
je dus tout supporter de la part des domestiques de mon 
pauvre oncle l'abbé qui, avec l'esprit faible qu'il avait depuis 



(1) Philippe de Meyronnet, baron de Sain t- Marc, reçu conseiller le i3 mars 1787, 
marie, le G septembre 17/10,3 Thérèse de Fauris, fille du sénéchal d'Hyères. 



— 32 — 

longtemps, nV'tait pas le maître de ses actes. Ses serviteurs 
tirent agir contre moi plusieurs honmies d'atTaires qui 
avaient mission de rechercher si ma charge m'appartenait 
réellement et si mes quittances étaient en règle et au com- 
plet. Cette situation fut de courte durée, car mon oncle 
Tahbé mourut, à son tour, en 1769. 

« ... Ma noblesse, acquise par les charges de mes pères, ne 
peut m être dis|)utée, encore moins à mes descendants. Mon 
aïeul et mon père ont rempli, plus de vingt ans chacun, la 
charge de conseiller au parlement, et sont morts dans leurs 
tbnctions; mon père avait rempli la sienne Vj ans avant 
d'obtenir d'être conseiller honoraire. » 

Le i5 février 1723, mon père prêta hommage pour la 
co seigneurie de Housset à la Cour des Comptes, et le 
6 avril 1726, il donna le dénombrement de sa terre. 

De son mariage, mon père laissa plusieurs enfants, dont 
je suis l'aîné et le seul fds. 

Mes sœurs étaient : 

Mdvie-Aime de Gras, qui naquit le 12 décembre 1729. 
et An/ie-Hose-Thérèsc. Valentine- François -de- Sales, née le 
25 juin 1737. Elles se firent Tune et l'autre religieuses au 
couvent des Bénédictines de Saint Zacharie : l'aînée fit pro- 
fession le i5 mai 17^19: la cadette, le ij octobre 1761. La pre- 
mière mourut dans son couvent le iG août 1782. 

T^no note indique que la seconde, sortie de son couvent à 
la Kévolution. mourut à Marseille le 7 septembre i<Si9. Il 
leur était fait à chacune une pension animelle de 60 livres, 
par leur acte de véture (i). 

Thcrèse-Marguerile de Mayol, ma mère, mourut le 2] no- 
vembre 1763, après une cruelle maladie qui la tint percluse 
six mois durant. 

Le 5 mai 17G7, j'ai eu le malheur de perdre mon père des 
suites d'une hydropisie de poitrine, dont il souffrit beaucoup 
trois mois durant: il mourut ab iideslal. 



(i) C'était la pension ordinaire faite aux jeunes lilies entrant en vêlure, au 
XVlir siècle. 



— 33 — 

Mariage d'Honoré de Gras. 

(( ... Je me mariai à Grasse, le 19 novembre 17O7, avec 
demoiselle Charlotte Catherine de Clapiers de Cabris, fille 
de messire Jean-Paul de Clapiers marquis de Cabris, rési- 
dant en cette ville de Grasse, et de dame Elisabeth de Lom- 
bard de Saint-Benoît. 

(( Notre contrat de mariage fut reçu le 18 novembre 1767 
par M** Antoine Court, notaire de la ville de Grasse. Il en 
résulte que M. de Cabris constitua de son chef à sa fille 
45.000 livres, acompte desquelles il lui donna 4.000 livres 
de cofïres, et il me paya les 4 1.000 livres restantes en 
capitaux cédés et en argent comptant. 

u M""' de Cabris constitua de son chef à sa fille 5. 000 livres 
qui ne seront payables qu'après sa mort, et dont jusques 
alors M. de Cabris s'obligea de me payer annuellement les 
intérêts au quatre pour cent; ainsi la dot de ma femme, qui 
a été mariée sous une constitution particulière, est de 
5o.ooo livres ». 

Tombeau de la famille de Gras. 

Le dérangement des affaires de la confrérie des Frères 
pénitents noirs d'Aix, les ayant obligés de vendre leur cha- 
pelle à des particuliers, je fis transporter, le 7 octobre 1773, 
les cendres de mon père et de mes ancêtres dans un tombeau 
de réalise des BH. PP. Cordcliers. Ce tombeau est à la 
chapelle de Saint Bernardin. Les Cordeliers. par une 
délibération du 6 mars 1775, ont donné à ma famille cette 
chapelle et son tombeau. 



LIVRE DE RAISOX 



— 3', — 



— 35 — 



CHAPITRE III 

Le Parleinoiit Maiipcou. — E\il de M. de firas dans son château à Miniet. 

Après avoir raconté Ihistoire de sa famille, et continuant 
son Livre de raison, le nouveau sci^nicur de Mi met entre 
dans d'intéressants détails sur la suppression du parlement 
dont il faisait partie et l'établissement du parlement 
Maiipeou. 

(( ... J*ai dit que le 3i mars ly/jO j'avais été reçu conseil- 
ler au Parlement dans la charge que mon père m'avait 
nrhctée, avec l'argent de mon oncle, de M. de Gautier de la 
Molle. J'ai exercé cette cliarge jusque au i" octobre 1771, 
jour auquel Louis \\ cassa le parlement de Provence (i), 
ce qui faisait, à cette époque, 25 ans et six mois d'exercice. 
Ju puis dire, sans vanité, avoir rempli pendant tout ce 
temps là ma charge avec distinction, et m être acquis l'es- 
time de mes confrères et quelque considératiou dans la 
province. J'ai été chargé de beaucoup de grandes affaires, 
et j'ai toujours travaillé au point que ma santé en a prodi- 
gieusement soulï'ert. J'ai été dans un état pito'iable pendant 
environ quatre ans et demi, malgré tous les remèdes que 
j'ai pris dans ce pays ci, et ceux (|ue l'on me donna à Paris 
où j'allais, en 17O9, pour tacher d'y rétablir ma santé. 

(( La réconqjcnse de tant de travaux et de la perte de ma 
santé a été d'être dépouillé par violence de ma charge de 
conseiller au parlement, d'être exilé comme je le suis depuis 
treize mois dans la terre de Mimet, et de n'avoir pas touché 
encore un sol du principal de ma charge qui a été liquidée 
à la somme de /lo.ooo livres, ni même des intérêts. Qui scait 
quand et commentées ^10.000 livres me seront remboursées? 
« L'on ne peut pas pousser l'oppression et l'injustice plus 
loin qu'on l'a fait a l'égard des olliciers de l'ancien parlement 



(i) Il est inutile de raconter ici l'histoire de ce qu'on appela les parlements 
Maupeou que tout le monde connaît. 



de Provence. Le 3o septembre 1771, l'on nous signifia une 
première lettre de cachet, dans laquelle le roi nous ordonnoit 
de nous rendre, le i*" octobre, au palais, à huit heures du 
matin, pour y recevoir ses ordres, nous défendant, sous 
peine de désobéissance, de prendre aucune délibération, ni 
de former aucun vœu avant que ses ordres nous fussent 
connus. 

(( Nous étant, en conséquence, rendus au palais le i*"' octo- 
bre à l'heure marquée, en robes noires, nous y trouvâmes 
M. le marquis de Kochechouard, commandant de la pro- 
vince, assisté de M. Le Noir, maître des requêtes. On lut 
d'abord des premières lettres patentes dans lesquelles le roi 
nous ordonnoit d'ajouter foi à ce que M. de Rochechouard 
nous dirait de sa part, comme si c'était Sa Majesté elle- 
même qui nous parlât. iVl. Le Noir prononça l'arrêt d'eni^e- 
gistrement de ces lettres patentes. On lut ensuite de secondes 
lettres patentes par lesquelles le roi cassait les offices du 
parlement de Provence, et ordonnoit à tous ceux qui en 
étoient pourvus de faire procéder à la liquidation des dits 
offices pour en être remboursés suivant cette liquidation. 
M. Le Noir prononça également renregistrement de ces 
secondes lettres patentes poilant qu'elles seroient exécutées 
selon leur forme et teneur de l'exprès commandement du 
roi. Gela fait, on remit à chacun de nous des secondes lettres 
de cachet par lesquelles il nous étoit ordonné de nous reti- 
rer à l'instant chez nous, sans nous assembler auparavant en 
aucun endroit, d'y rester, et de n'y recevoir personne jus- 
ques a nouvel ordre, le tout sous peine de désobéissance. 

(( Quelque temps après que nous fumes retirés dans nos 
maisons, on nous y signifia de troisièmes lettres de cachet, 
dans lesquelles le roi nous ordonnoit de sortir dans le jour 
de sa ville d'Aix, et d'aller, est-il dit dans les miennes, à 
Mimet, où je resterai jusqu'à nouvel ordre, me défendant de 
voir personne avant mon départ à peine de désobéissance. 

« Il est à remarquer dans ces troisièmes lettres de cachet 
que le nom du lieu de mon exil que Ton y avoit d'abord 
écrit a été raturé, et qu'après cette rature on y a mis à la 
place le mot Miniet. La rature saute aux yeux au point qu'en 



— 36 - 

raclant le papier on le déchira. D'ailleurs, le papier aiant 
été beaucoii[) raclé à l'endroit où Ton a écrit Mimel, a bu 
l'encre de ce mot. On y voit enfin que le nom du lieu où 
l'on m'envoyait en exil étoit fort lon^^ puisque la rature de 
ce nom a environ deux pouces de longueur. J'ai taché de 
déchilTrer le nom de ce lieu avec une loupe, mais il n'y a 
pas eu moyen. Il paroit seulement qu'il finissoit par la let- 
tre t. L'on voit dans les lettres de cachet de mes confrères 
même rature et même changement du lieu de l'exil que dans 
la mienne. 

« L'on prétend qu'un jadis commis dans les bureaux des 
ministres et qui est actuellement conseiller dans le nouveau 
parlement de Provence, s'étoit fait adresser par intrigues le 
paquet des lettres de cachet (jui nous exiloient, et cela dans 
l'objet de remplir le nom du lieu de notre exil qui étoit en 
blanc, en nous envoyant dans des lieux éloignés et d'un 
séjour désagréable. En conséquence le lieu de notre exil fut 
rempli, dit-on, par cet homme et par les autres meneurs 
d'œuvre. Celui-ci aiant ensuite porté nos lettres de cachet le 
3o septembre à M. le marquis de Uochechouard qui sa- 
perceut que le nom du lieu de notre exil étoit rempli, en fut 
traité comme un polisson. On prétend que M. de Roche- 
chouard lui dit qu'il étoit un drôle, et que c'étoit par sur- 
prise qu'il s'étoit fait adresser les lettres de cachet pour 
remplir le lieu de l'exil : mais que personne n'avoit ce droit- 
là que lui, et qu'il n'avoit accepté la commission désagréa- 
ble d'être le porteur des ordres du roi pour la cassation du 
parlement de Provence, que sous la condition qu'on le lais- 
seroit maître de choisir le lieu de notre exil. L'ancien com- 
mis se retira fort confus, et M. de liochecbouard ilt raturer 
tout de suite les noms des lieux où Ton nous avoit exilé, et 
y fit mettre à la place le nom de l'endroit ou chacun de nous 
vouloit être envoyé, après nous l'avoir fait demander. 

« Quoiqu'il en soit de cette anecdote qui est tout au moins 
fort vraisemblable, il est certain que M. de Uochechouard fit 
raturer les noms des lieux où l'on nous avoit exilé, pour y 
substituer ceux des endroits que nous choisîmes pour notre 
exil. C'est une très grande obligation que nous lui avons, 



-37 - 

et dont nous conserverons une reconnoissance éternelle. 
M. de Rochechouard exécuta avec toute la douceur possible 
la fâcheuse commission dont il ne s'étoit chargé qu'avec 
beaucoup de regret ainsi qu'il le disoil ouvertement et il eut 
pour nous tous les égards que l'on pouvoit désirer. Aussi sa 
personne et sa mémoire doivent être toujours en vénération 
dans les familles de l'ancien parlement de Provence. Il fut 
sensible à la destruction de notre corps au point que quand 
on faisoit au palais, le i" octobre 1771, la lecture des lettres 
patentes portant notre cassation, il ne put retenir ses larmes. 
(( L'inhumanité et la barbarie de ceux qui avoient rempli 
le lieu de mon exil en m'envoyant dans un endroit éloigné 
de mon domicile étoit encore plus grande à mon égard qu'à 
celui de mes confrères, parce qu'à l'époque du i'"^ octo- 
bre i77i,j*étois dans un état de dépérissement qui faisait 
craindre pour moi. Ce dépérissement étoit la suite d'une 
maladie qui duroit depuis plus de trois ans et demi. Elle 
avoit augmenté dans l'hiver de 1771, par une perte de sang 
que j'eus pendant un mois et demi par les hémorroïdes, et 
qui fut si forte que l'on ne croioit pas que je pus me tirer 
d'atlaire. Ma situation que tout le monde connoissoit et qui 
certainement nétoit pas ignorée de ceux qui m'envoioient 
en exil, je ne sçais où, ne les toucha point. Il est vrai que 
l'on ne pouvait s:attendre à trouver de sentiments d'huma- 
nités dans ces personnes qui, ne respirant que haine et ven- 
geance, vinrent en corps s'emparer des places de leurs pa- 
rents et de leurs amis. L'on vit dans cette occasion ce que 
l'on aura peine à croire dans la suite, le père usurper la place 
de son fils, le fils celle de son père, le beau-père celle de son 
gendre, le frère celle du frère ou du beau-frère, etc. Ma recon- 
naissance pour M. de Rochechouard n'a point de bornes. Je 
puis dire lui avoir obligation de la vie ; car si j'eusse été exilé 
loin de chés moi et dans un mauvais pays, il y a toute appa- 
rence que j'y serois mort. Ma santé étoit en si mauvois état 
en ce temps-là que le jour de la destruction du parlement, 
quand je lus rentré dans la grand chambre où nous nous 
rassemblions, M. de la Tour, notre premier-président, s'ap- 
prochant de M. Le Noir, eut la bonté de lui dire : « Voilà 



— 38 — 

M. de Gras, dont je vous avois parle, vous voies qu'il n'est 
pas dans le cas d'être exilé attendu la triste situation dans 
laquelle il se trouve. » M. Le Noir en convint, et il dit à 
M. de la Tour que dès qu'il seroit arrivé à Paris, il deman- 
deroit ma lettre de relâche qu'il nVenverroit tout de suite. 
Cette conversation de M. de la Tour et de M. Le Noir à mon 
sujet m'a été certifiée par un de mes confrères qui l'en- 
tendit 

« Cependant, malgré la promesse de M. le Noir, me voilà 
exilé depuis treize mois, et il y a apparence que je le serai 
encore longtemps ; car, à moins (ju'il ne survienne quelque 
circonstance qui me forçat absolument à demander mon 
rappel, ce qui n'arrivera pas s'il plaît à Dieu, je suis bien 
déterminé à ne faire aucune démarche pour l'obtenir, tant 
qu'on ne le donnera que de la façon désagréable dont il a 
été accordé jusques à présent à tous ceux de mes confrères 
qui l'ont obtenu. 

(( Pour avoir son rappel, il faut sadresser à celui qui est à 
la tête du nouveau parlement de Provence, et le prier 
d'écrire en votre faveur à M. de Maupeou. chancelier. C'est 
là une démarche que je ne fairai jamais, parce que je la 
regarde comme déshonorante pour nous. Que si l'on prend 
le parti de n'écrire qu'à M. le chancelier pour lui demander 
sa lettre de relâche, il l'adresse à M. d'Albertas ( i), qui 
l'envoit avec une lettre de sa part à celui qui l'a demandée. 
Comme je ne veux point recevoir de lettres du chef du nou- 
veau i)arkMnent. de la i)art de qui toutes les choses polies 
qu'il peut nous écrire ne me paroissent dans les circons- 
tances présentes que des injures, et que je ne veux point 
aussi être dans le cas de lui lépondre, mon parti est pris 
d'attendre avec fermeté et patience dans mon exil les évé- 
nements, quoique je trouve qu'il est fort désagréable d'être 
privé de sa liberté. Je prcns d'autant plus volontiers ce parti 
qu'il me paroit le seul honorable pour les olTiciers des 
anciens parlements, et que d'ailleurs ma santé, grâces à 

(i) Premier-président du nouveau parlement. 



-39 - 

Dieu, commence à devenir meilleure. Mes enfants trouveront 
dans mes papiers les trois lettres de cachet dont j'ai parlé 
ci-dessus (ij. 

(( Ceux qui ont des charges dans les nouveaux parlements, 
font un métier déshonorant Ils sont esclaves de leur chef 
qui l'est lui même des ministres. Ils n'ont été mis dans les 
places qu'ils occupent que pour être les instruments des 
malheurs du peuple en enregistrant aveuglément les édits 
les plus onéreux et les plus préjudiciables au bien public. 
S'ils savisoient de faire la moindre résistance, ils s'expose- 
roient à être chassés de leurs places, ou tout au moins on 
suspendroit le payement de leurs gages jusques à ce qu'ils 
eussent fait ce que les ministres exigeroient d'eux. C'est là 
l'objet que l'on a eu en établissant cette prétendue justice 
gratuite qui n'en a pourtant que le nom ; car, de l'aveu de 
tout le monde, il en coûte plus actuellement pour plaider, 
par l'augmentation exhorbitante des droits des greffes, qu'il 
n'en coutoit dans les anciens parlements. Ainsi les ministres 
sont assurés de faire faire tout ce qu'ils voudront à ces nou- 
veaux parlements. Le public qui voit ce qu'il en est, a le plus 
souverain mépris pour les officiers de ces corps qu'il appelle 
des (jens à gages. 11 regrette beaucoup les anciens parlements 
et il a une grande vénération pour ceux qui les composaient. 
Les personnes même qui parurent bien aise de notre des- 
truction ont changé de façon de penser. Aussi faut-il conve- 
nir que ces nouveaux corps ne peuvent acquérir aucune 
espèce de considération : car, outre que l'on est persuadé 
avec raison qu'ils sacrifieront en toute occasion l'intérêt 
public à la conservation de leurs places et au payement de 
leurs gages, ceux qui les composent n'ont ni la capacité ni 
la dignité des ofTîciers des anciens parlements. Ils font leur 
métier comme des écoliers qui sont sous la férule d'un 
maître qui se dédommage par l'empire tirannique qu'il 
exerce sur eux, de l'esclavage dans lequel il se trouve lui- 
même à l'égard des ministres qui l'ont mis en place. 

(1) Nous les possédons. 



— 1o — 

« Mes e?ifants qui auront des sentiments d'honneur, à ce 
que j'espère, ne prendront jamais des places aussi désliono- 
rantes. 

« Il faut cependant (juils ména«;ent toujours dans leurs 
discours l'état de la robe. Ils ne doivent même parler 
qu'avec le plus "frand respect des anciens parlements, parce 
que c'est de l'ancien parlement de Provence qu'ils tiennent 
leur noblesse, ou tout au moins celle qu'on ne peut leur 
disputer. Cette noblesse, par les services d'Honoré de Gras, 
mon ayeul, et par ceux de François-Louis de Gras, mon père 
(sans compter les miens), a un elTet rétroactif qui la fait 
remonter au 29 janvier i66(), jour aucpiel mon ayeul fut 
receu conseiller au parlement. Ce sera de cette époque que 
mes enfants et descendants compteront leur noblesse quand 
ils auront des preuves à faire. Dieu veuille qu'aucun d'eux 
ne s'en rende indigne ! 

« Le 10 mai 1 77/1, jour de l'avènement du roi Loiiis XVI à la 
couronne, nous étions encore quinze officiers du parlement 
de Provence exilés. Ce ne fut qu'en septembre i77''i, que S. M. 
accorda le rappel à ces olliciers, qui, comme moi, n'avoient 
pas demandé leurs lettres de relâche. Ces lettres arrivèrent 
par le courrier du i3 octobre même année. Elles furent 
adressées à M. Sénac de Meilhan, inlendant de la province, 
qui les leur envoya avec une lettre polie de sa part. Par un 
événement fort singulier, je fus le seul des officiers du par- 
lement qui ne receut point mon rappel en même temps que 
tous les autres, ce qui fit grand bruit à Aix et dans toute la 
province. Les membres ihi nouveau parlement et leurs 
adhérants dirent que c'étoit un oubli : mais toutes les per- 
sonnes désintéressées pensèrent que si je n'eus pas mon 
rappel avec mes confrères, ce fut parce qu'on l'avait envoyé 
peu après la destruction du parlement. Il faut convenir que 
celai est plus (pie vraisemblable, si l'on se rappelle la pro- 
messe que M. le Noir fit à M. de la Tour, dont j'ai parlé ci- 
dessus. Ce qu'il y a de certain, c'est que cinq ou six semai- 
nes après notre destruction, des personnes me firent faire 
les plus vives instances pour m'engager à demander mon 
rappel, jusques à me laisser entendre que l'on n'exigeoit pas 



— ^11 — 

que j'écrivisse à M. le Chancelier et que je n'avais qu'à dire 
que je désirois d'être rapellé, ce que je refusai de faire. 

« On peut conclure, de tout cela, que M^ le Noir, suivant 
sa promesse, demanda ma lettre de rappel en arrivant à Paris, 
et qu'elle fut envoyée tout de suite. Mais comme l'on vit que 
j'étois sourd à toutes les sollicitations que l'on me faisoit 
pour m'engager à la demander, on la garda en poche. 

(( Par une suite nécessaire de l'envoy de mon rappel en 
1771, l'on me raya dans les bureaux des ministres de la liste 
des officiers exilés du parlement de Provence : et comme on 
ne m'y trouva plus lors du rappel général, on ne m'envoya 
point ma lettre de relâche, parce qu'on crut que je Pavois 
reçue en 1771. Tout cela est si fort vraisemblable, que l'on 
peut le regarder presque comme certain. 

" Il est d'autant plus possible que ma lettre de rappel ait été 
gardée au-delà de trois ans qu'a la fin de juin 177^1, mon méde- 
cin aiantdit(certainementsans ma participation), qu'une perte 
de sangcjue j'avois alors par les hémorroïdes (elle dura trois 
mois et demi), me mettroit en danger de mort s'il me survenoit 
le moindre accident attendu ma grande faiblesse, ajouta qu'il 
se croioit obligé en conscience de me dire qu'il seroit néces- 
saire que je fusse à Aix poiu' qu'il put prendre soin de moi. 
Mais il n'eut pour réponse qu'une piroiiete, et une boudeiie 
qui dura deux ou trois jours. Ce dernier trait, qui est certain, 
prouve que l'on a pu me laisser dans mon exil pendant plus 
de trois ans, nonobstant ma mauvaise santé, et les raisons 
qui. dans le printemps de 1770 et dans celui de 177^, 
auroient pu me faire désirer de venir à Aix. En effet, l'on ne 
put pas ignorer, en 1773, que je faisais inoculer dans cette 
ville mes enfants, Jean-Paul et François qui ne prirent ni 
l'un ni l'autre la petite vérole, parce que cela fit assez du 
bruit. L'on dut également savoir, en avril 1774, que les aiant 
fiiit inoculer à Aix une seconde fois, ils eurent tous les deux 
la petite vérole (fort heureusement, Dieu merci). Lors de ces 
deux époques, il n'étoit pas douteux que pour être auprès de 
mes enfants j'aurois été enchanté d'avoir mon rappel, bien 
que je ne le demanda pas; mais comme je ne voulais pas 
fféchir, Ion me laissa à Mimet dans mon exil. 



~ 42 — 

('Ce que nous avons soulTert pendant notre exil, est au- 
delà de tout ce que l'on pourroit croire; car. outre la perte 
de notre état et dh notre liberté, nous avons été dans le cas 
de craindre : r d'être attaqués en justice par les créanciers 
(lu parlement, dont quelques-uns nous en firent toute la 
peur: 2" nous avions lieu de craindre de perdre le piix de 
nos charc.es, quoique leur Inim'dalion eut été consommée, à 
cause du dérano^ement des linances de lEtat : 3" enfin, nous 
étions maltraités par ceux qui occupoient nos places dans les 
procès que nous avions par devant eux ; c'est ce quéprou- 
\hrvni i)luMeurs de mes confrères qui furent obligés de 
plaider, parce que les circonstances engageoient bien des 
gens et surtout les vassaux à nous faire des procès. Jéprou- 
vai moi-même que ceux qui nous remplaçoient ne cher- 
choient qu'à nous faire de la peine : car les consuls de 
Mimet étant unus me porter plainte du scandale qu'avait 
causé dans le village une publication indécente qu'avoit fait 
fniro lin cabareticr du lieu : je fis informer contre lui à la 
r(N|M fr (lu procureur jîirisdictionel. Ce cabareticr ayant 
répondu par devant mon lieutenant déjuge, ensuite du décret 
d'ajournemenl qui avait été taxé contre lui, je fis renvoyer 
U ju-tiiient de la procédure par devant le siège d'Aix. Après 
avoir fnif le procès extraordinaire, le siège condamna ce 
cabareticr à vingt-cinq livres d'amende envers le roi et à 
tenir son cabaret fermé pendant un an. Mais celui ci aiant 
appelé de la sentence par devant le nouveau parlement, il 
lut iiiis hors de cour et de procès, quoique la preuve du délit 
fnt parfaite contre lui. 

« Jai déjà dit que je nereceus pas ma lettre de relâche lors 
du rappel général de mes confrères ; ainsi, à l'époque de la 
mi octobre 177^, je me trouvai en Provence le seul exilé; 
Des personnes qui s'intéressoienl à moi crurent, sans que je 
les eus sollicitées ni fait solliciter, devoir écrire à M. de Bois- 
gclin, archevêque d'Aix, qui se trouvait alors à Paris, pour 
le prier de n»e procurer mon rappel. M^M'archevêque eut la 
bonté de le demander à M. de Miromesnil, garde des sceaux, 
qui lui répondit que l'intention du roi étant de rendre k 
liberté à lous les anciens officiers du parlement de Pro 



— 43 — 

vence qui ne l'avoient point encore, je pouvois me regar- 
der comme rappelle en même temps que les autres l'avaient 
été. et que la forme d'ordre qui manquoit à mon égard 
seroit la même pour moi que pour ceux qui avoient été rap- 
pelés en dernier lieu. 

(( En conséquence, le 22 novembre 177^, M. de Meilhan, 
intendant, m'envoya à Mimet ma lettre de rappel avec une 
lettre polie de sa part. Cette lettre de rappel, qui est datée 
du i3 novembre 1774, est conçue en ces termes : 

(( Mons. de Gras, fi vous fais celle lellre pour vous dire que 
je révoque lous ordres prérédenime/il donnés conlrc vous el que 
je vous perniels d^ aller par [oui ou bon vous semblera. Ecril à 
Versailles, le 13 novembre 177 ^1, signé Louis. 

(( Mon exil a donc duré Iroisans un mois el vingt el un jour ; 
mais je me regarde comme bien dédommagé : 1° par l'agré- 
ment d'avoir eu ma liberté par un rappel général, sans 
l'avoir demandée ni fait demander : 2* parce que j'ai receu 
ma lettre de relâche par M. l'intendant et non des mains du 
chef du nouveau parlement, ce qui, suivant ma façon de 
penser, est un avantage qu'on ne peut assez apprécier. En 
outre, je n'ai point eu le désagrément : i' d'avoir prêté ser- 
ment (le fidélité au roi Loiiis Wl, à l'hôtel de ville, avec les 
autres habitans d'Aix par devant des commissaires du nou- 
veau parlement, comme firent ceux de nos messieurs qui se 
trouvèrent alors à Aix : 2" d'avoir encore prêté serment par 
devant le siège en qualité de possédant fief, ainsi que le 
firent également mes confrères qui étoient rappelles : 3" Enfin 
je n'ai point vu nos places remplies par ceux qui compo- 
saient la commission (dont plusieurs, à ce que Ton dit, 
avaient l'air fort insolent), car les consuls d'Aix avoient mis 
le scellé au palais, le /| janvier, c'est à dire deux jours avant 
mon arrivée à x\ix. 

« Quoique j'eusse receu ma lettre de rappel le 22 novem- 
bre, je n'allai point à Aix. J'étois même déterminé à ne m'y 
rendre que la veille de la réintégration du parlement. Mais le 
capitaine de quartier que M. le marquis de Rochecliouard 
avoit chargé de me remettre une lettre de cachet avec une 
lettre de sa part, naiant voulu donner le paquet qu'à moi- 



— 44 - 

même, je partis de Mimet le 6 janvier 1776 avec ma femme 
et mes enfants, Jean-Paul et François, pour aller le recevoir. 
An mnwpuf que je fus arrivé à Aix, le capitaine du quartier 
m apporta ie paquet. Par la lettre de cachet datée du 58 dé- 
cembre 1774. le roi m'ordonnoit de me trouver à Vix, ie 
10 janvier suivant, pour > attendre ses ordres. J'eus Ihon- 
ncur de répondre tout de suite à M. le marquis de Uoche- 
chouart, pour lui accuser la réception de cette lettre de 
cachet. 

« Je puis dire avec vérité que des que l'on sçeut que j'étais 
arrivé, je fus visité par toute la ville. J'eus ^n-ande attention 
de rendre mes visites à tout le monde, et même aux artisans 
dans leurs boutiques. G'étoit bien le moins que je pus faire 
pour reconnaître les bontés du public qui m'accueilloit avec 
la plus grande distinction, soit dans les rues soit dans les 
maisons où j'allais. 

« Le 10 janvier 1775, je receus, ainsi que mes conhères, 
une seconde lettre de cachet dattée du 29 décembre 1774. 
]' !f cette lettre, le roi nous ordonnoit de nous rendre le 
jeudi, 12 janvier, à huit heures du matin, dans la grande 
chambre, et d'y attendre en silence ses ordres qui nous 
seroient portés par le s"^ marquis de Rochechouard, lieu- 
tenant général de ses armées et commandant en chef en 
Provence, assisté du s"^ Feydeau de Marville, conseiller 
ordinaire en son Conseil d'Etat et au Conseil royal, qu'il 
avoit chargé de nous faire connoitre ses intentions, voulant 
que nous eussions, en ce qu'ils nous diroient de sa part, la 
même créance que nous aurions en sa propre personne. Mes 
enfants trouveront dans mes papiers ma lettre de rappel et 
les deux lettres de cachet dont je viens de transcrire le con- 
tenu. 

« Nous étant rendus au palais le 12 janvier, nous fûmes 
réintégrés dans nos fonctions, aux acclamations du public, 
dont lajoye sincère éclattoit sur tous les visages, et avec les 
cérémonies qui sont détaillées dans les relations imprimées 
des fêtes que l'on célébra lors et après la reintégration du 
parlement. 

« M. de Kochechouard se conduisit lors de notre réintégra- 



- /15 - 

tion avec celte bonté et cette affabilité qui lui sont naturelles, 
et qui, avec juste raison, le font adorer dans celte province. 
Il dit qu'il ne pouvoit être dédommagé du chagrin qu'il 
avait eu d'être obligé de nous détruire, que par le plaisir 
qu'il avoit eu de nous réintégrer dans nos fonctions, et 
chacun fut persuadé de la sincérité de ce discours. En mon 
particulier, il me témoigna mille bontés qui me pénétrèrent 
l'ame et dont je ne perdrai jamais le souvenir. 



CHAPITRE IV 



Le droit royal de prélation. — Exemption partielle de droits de lods. — 
Anciens homniaj,^es rendus pour la terre de Mimel. — Usages et droits 
féodaux. — Prétentions de l'avocat-général des Comptes et du marquis 
d'Olières sur la seigneurie de Mimet. — Vente d'un domaine aux Mille. 

Le conseiller de Gras, après avoir pris toutes les précau- 
tions que nous venons d'énumérer pour que sa nouvelle sei- 
gneurie de Mimet ne pût jamais être réclamée par les héritiers 
de son vendeur comme susceptible de suhstilutlon, envisagea 
aussi la question du droit de prélation qui aurait pu à un 
moment donné lui créer une situation difficile. 

Il est nécessaire d'expliquer ici ce que l'on entendait jadis 
par droit de prélation. Dans le code de la féodalité, c'était le 
pouvoir qu'avait le Chef de l'Etat ou le haut seigneur primitif 
d'une terre de prélever pour lui ou retenir en cas de vente un 
lief, une terre mise en vente, de se substituer à l'acquéreur 
en un mot. Ses héritiers ou les acquéreurs de ce droit avaient 
continué à jouir de ce pouvoir. Ce droit s'appelait aussi 
droit de rétention Jéodale, de retrait féodal, il était très ré- 
pandu (i). 

Honoré de Gras raconte, d'autre part, qu'il exerça plu- 



(i) Nous en avons signalé un exemple très caractéristique dans l'histoire du 
lief de Roquefeuil appartenant aux Isoard de Chénerilles à propos de l'acquisi- 
tion d'une portion de cette terre faite en 1718 par M. de Lortcmar et que reven- 
diqua Gaspard d'Agoult, après en avoir reçu l'autorisation du roi appuyé par 
un jugement du bureau des trésoriers de France en 1782 (a). 



(a) Bulletin de la Société Scientifique de Digne. i895-y6. 



- 46 - 

sieurs fois lui-même ce droit pour lacquisilion de portions de 
terre à sa convenance dans les limites de sa seigneurie. Mais, 
ajoute-t-il, de même que le roi, comme héritier des comtes 
de Provence, aurait pu retenir pour lui la seigneurie de Mimel, 
il avait aussi le droit de céder à un tiers son droit de préla- 
tion ou retrait féodal et c'était ce qui était à redouter ( i). 

« .... J'avais bien prêté, le 9 août 1771, hommage au roi 
« pour la terre de Mimct, devant la Cour des Comptes, aides 
« et iinances qui m'en avait donné l'investiture féodale et 
(( j'aurais pu me croire dispensé de prendre le don de droit 
« de prélalion de S. M. : mais je n'étais pas sans crainte 
(( pour l'avenir parce qu'une personne riche, comme il y en 
« a beaucoup dans le grand négoce de Marseille, aurait pu 
(( obteïiir iiti roi cession en sa faveur de ce don royal de pré- 
ce lation. Ma lerre de Mimet est très tentante, c'est une des 
(( mieux situées et des plus belles des environs d'Aix et de 
« Marseille, très rapprochée de ces deux villes importantes 
« et avant que mes fds ou moi eussions eu sa possession 
« trentenaire, nous avions toujours à redouter qu'on vhit 
« nous en déposséder. Il est vrai que j'eusse été remboursé 
(( de mes frais d'acquisitions, mais je ne l'aurais jamais 
« été de mes améliorations et des ennuis que j'aurais éprou 
(( \és. Jadis ces droits d^ prélation étaient très peu coû- 
« teux ; et ils entraient pour presque rien en ligne de 
(( compte dans un achat : mais les besoins de l'Etat en ont 
u accru considérablement les redevances, et ce droit, juste au 
« moment où je faisais mon acquisition, était relevé au 



(i) Ce droit se liait avec celui d'insolutundatiou que nous avons expliqué pour 
la vente du village de GhôneriUes aux Isoard en lU'^Ha) et qui se résume par ce 
lait quen principe aucune terre du Domaine royal ne pouvait s'aliéner, et il 
y avait bien peu do liefs qui n'aient été la propriété de la Couronne. Or, lé Chef 
de l'Etat ne pouvait aliéner le bien de son royaume, mais ses besoins d'argent le 
mettaient souvent dans la nécessité d'agir autrement; il vendait alors sous la 
forme de vente à réméré, dirions-nous aujourd'hui, ou d'insolutumlation, disait- 
on jadis. D'autre part, il se réservait le droit de reprendre ses terres, de les retenir 
pour lui en cas de revente, c'était son droit de prélation, dont il faisait argent ou 
bénéfice, connue nous allons le voir pour la terre de Mimet. 

(a) Histoire de Chénerilles et de ses seigneurs, les Itoardel les Salvan. Digne. 1901 p 59 
note. . ■ ) p- » 



- /I7 - 

(( point que j'ai hésité un moment, même sur le conseil de 
(( personnes bien compétentes cependant, à le demander au 
u roi. Les unes me disaient qu'il n'était plus en usage, d'au- 
(( très que si je plaidais contre celui qui voudrait l'exercer, 
({ je gagnerais mon procès. Mais toutes réflexions faites, la 
prudence me conseilla d'agir comme j'en avais l'intention, 
d'autant que j'avais mis de côté l'argent pour cette dé- 
pense : en conséquence, je demandais au roi le don de 
droit de prélation que Sa Majesté m'accorda par lettres 
patentes du 2 septembre 1775. Elles furent enregistrées à 
la Cour des Comptes, le 28 novembre suivant, au rég. inti- 
tulé Lœtitiœ, folio 199. 
u Ces lettres de droit de prélation me coiitèrent 3.589 li- 
a vres 16 sols et avec tous les frais divers d'enregistrement, 
(( etc., leur dépense s'éleva à 5. 181 livres ». 

Exemption partielle des droits de lods pour l'achat 

DE la seigneurie DE MlMET. 

Honoré de Gras fait remarquer que, pour les droits de lods 
ou d'enregistrement, il ne donna que 6.180 livres pour son 
acquisition de la seigneurie de Mimet au prix de 200.000 li- 
vres (( parce que c'était un des privilèges de la charge de 
conseiller au parlement d'être exempt des 1^1 sols par livre 
du montant de ces droits qui avaient été jadis imposés en 
surtaxe » et il ajoute : 

(( J'en fus d'autant plus heureux que j'ai été un des der- 
niers qui aient profité en Provence de l'exemption des lods 
pour l'acquisition des fiefs, car dès le i*"' janvier 1772, le 
roi révoqua tous ces privilèges d'exemption ». 

Indication des anciennes prestations d'hommages de la sei- 
gneurie DE Mimet (i) qui figurent dans les registres de la 
Cour des Comptes. 

L'acte primordial d'inféodation de la seigneurie de Mimet 
ne se trouve pas dans les registres de la Cour des Comptes, 

(1) Ces indications peuvent compléter celles déjà données par M.deGérin-Ricard. 



— /,s — 

on n'y rencontre que l'indication des hommages suivants : 
liegistre, n" 80, !•• 3i : 8 octobre 1133, iiommage (Je noble 
Pierre Chaubsegros pour la /»" partie de la 3' portion de 
Mi met. 

Registre 22. f" 211 : 26 avril 1537, dénombrement de la 
terre. Autres dénombrements faits, le i5 novembre 1G20, le 
29 mars 1G88, le lojuin 1701, aux registres 25, 3o et 3i. 

A la date du 3i mai iG83, au nom Mimet, il est dit dans 
l'état général des domaines du roi en Provence : « .... Celte 
terre appartient à noble Louis d'Eslienne de Chaussegros avec 
la directe universelle ... Raymond Samat, premier consul de 
Mimet, dans sa déclaration à cette date, n'accusa rien au 
profit du roi, se contentant de dire que Mimet relevait de la 
viguerie d'Aix : mais par jugement des commissaires du 
domaine du 3o février i()85, les consuls furent condamnés à 
ajouter ([uc la commune devail au roi la cavalcade à raison 
d'un cheval armé avec la quisle (i). 

Le 25 avril i5o8, il y eut compromis entre Marc Foissard, 
seigneur de Mimet, et noble Michel de Forbin, sur les limites 
du terroir dudit Mimet et celles de Fuveau, Gréasque et 
Gardane. 

En i5o3, hommage fut prêté par Marc Foissard à M. d'Ol- 
lières. 

Le 10 août 1^33, vente fut faite à Pierre de Chaussegros 
du tiers de la co-seigneurie de Mimet par Pierre de Velaux, 
écr. Jean Matte, notaire (2). 

Le 26 février 1/498, hommage de Ballhazard d'Agoult pour 
Mimet, registre de Ferrand, notaire, f' i3/i. 

En i528, aux écritures de M' Arnaud, extensoire, f" 47, 
lods payés par noble Claude Salvaqui. lils de noble Olivier! 
d'un alfart à Fonsbelle, dans le terroir de Mimet. 

En i3Gi transaction entre le seigneur de Mimet et la com- 
mune au sujet de la bastide, dite « le logis ». 

En 1493, criées annuelles, aux écritures de Ant. de Val- 
belle, f" 191. 



(1) Nous ignorons la portée de ce terme. 

(2) Celte vente est signalée par M. de Gérin. 





- ^49 - 
Chateal-Bas. 

Le 28 août 1680, \ente par noble François-Robert Doria, 
écuyer, seigneur de Saint-Césary et de Mimet. à noble Cosme 
d'Estienne de Chaussegros, aussi seigneurduu i Mniiet, de la 
maison basse et seigneurie d'icelle, au prix de 21.000 livres. 

Le vieux château était inhabité depuis plusieurs siècles 
lorsque Cosme d'Estienne, à la suite de cette acquisition du 
domaine de la maison l)asse, fit construire un château -uv ce 
poiii' 'jui piii i'.' iiuiu de Château iUi.s cl qui dcsiiii i liabita- 
tion li ti; des seigneurs de Mimot. Quant à être une seigneu- 
rie distincte de celle de Mimet, la réponse que fit, en 1783, . 
Honoré de Gras à M. de Hémusat, avocat général de la Cour 
des Comptes, et que nous allons donner, prouve que c'était 
là une erreur. 

Nous li-on'^^ Pîicore, dans le livre de raison do TTonoré 
de Gras, sous ia rubrique : IS'oles coneernant ma seigneurie de 
MimeL les quelques détails suivants : 

(( Dans la commune de Afifuel, les droih i* lods on (îe 
mutation pour ventes se paient à raison du douzième. 

Tous les biens fonds que je possède à Mimet sont nobles, à 
la réserve du tènement de la Galinière qui est roturier et 
])Oui il qiicl je paye la taille. 

Les journées des travailleurs se payent dans cette com- 
mune à 10 sols l'hiver et à 20 le reste de l'année, d'un soleil 
à l'autre, fixé eu égard aux prix des denrées et sur ! 1 fiéces- 
sité aux ouvriers de nourrir leur famille. 

J'ai dans ma terre de AliiiicL ia directe universelle, ia 
])n!)rdilé des moulins rf au four: poni- ce dernier, le droit de 
cuissage ou fournage se prend au quara/dième et celui de 
moudre le blé au vingtième. La dîme est au treizième pour 
les biens roturiers et au vingtième pour les biens nobles, tou- 
tes payables en nature. » 

Affermage de droit de pulvérage. 



« Les troupeaux qui passent par le terroir de Mimet doi- 
vent le droit de pulvérage ou de péage. En 1780, j'avais 



LIVRE DE RAISON 



I i » 



EXPOSURE 



I 




- 19 - 
Chateal-Bas. 

Le 28 août 1680, \ente par noble François-Robert Doria, 
écuver, sei^i^neur de Saint-Césary et de Mimet. à noble Cosme 
d'Estienne de Chaussegros, aussi seigneur dudit Mimet, de la 
maison basse et seigneurie d'icelle, au prix de 21.000 livres. 

Le vieux château était inhabité depuis plusieurs siècles 
lorsque Cosme d'Estienne, à la suite de cette acquisition du 
domaine de la maison basse, fit construire un château sur ce 
point qui prit le nom de Château-Bas et qui devint l'habita- 
tion d'été des seigneurs de Mimet. Quant à être une seigneu- 
rie distincte de celle de Mimet, la réponse que fit, en 1783, . 
Honoré de Gras à M. de Hémusat, avocat général de la Cour 
des Comptes, et que nous allons donner, prouve que c'était 
là une erreur. 

Nous lisons encore, dans le livre de raison de Honoré 
de Gras, sous la rubrique : Aofes concernant ma seigneurie de 
Mimet, les quelques détails suivants : 

(( Dans la commune de Mimet, les droits de lods ou de 
mutation pour ventes se payent à raison du douzième. 

Tous les biens fonds que je possède à Mimet sont nobles, à 
la réserve du tènement de la Galinière qui est roturier et 
pour lequel je paye la taille. 

Les journées des travailleurs se payent dans cette com- 
mune à i5 sols l'hiver et à 20 le reste de Tannée, d'un soleil 
à l'autre, fixé eu égard aux prix des denrées et sur la néces- 
sité aux ouvriers de nourrir leur famille. 

J'ai dans ma terre de Mimet la directe universelle, la 
banalité des moulins et du four: pour ce dernier, le droit de 
cuissage ou fournage se prend au quarantième et celui de 
moudre le blé au vingtième. La dîme est au treizième pour 
les biens roturiers et au vingtième pour les biens nobles, tou- 
tes payables en nature. » 

Affermage de droit de pllvérage. 

« Les troupeaux qui passent par le terroir de Mimet doi- 
vent te droit de pulvérage ou de péage. En 17S0, j'avais 



LIVRE DE RAISO> 



— 5o 



att'ermé ce droit au s' Gueydoii, do Mimct. dcya fermier des 
moulins, à raison de six deniers par Irenlenier de tèles (i). 

Le 8 juin 1790, écrivant M' liourgal. notaire de (Jardane, 
j'atlermaispour si\ ans au s' Vaussan, lils de Joseph, né<,'o- 
ciant dudit Gardanne, les revenus complets de ma terre de 
Mimet, sauf les bois, pour la sonune annuelle de 8. ()()() livres 
seulement. » La suppression des droits féodaux, arrivée 
quel(pies mois auparavant, avait beaucoup diminué les re- 
venus de ma terre. 

« .... A l'occasion de ravènement de Louis XVI à la cou- 
ronne, j'avais prêté un nouvel homma«j;e pour mes seigneu- 
ries de Kousset et de Mimet ; aussi, je fus fort étonné de 
recevoir, au mois de septembre 178:^, la lettre suivante de 
M. de Hénmsal, avocat-général de la Cour des comptes 
de Provence : 

c( Vous avez prêté hommage, Monsieur, pour votre fief de 
« Mimet, mais vous avez oublié d'y faire énoncer la maison 
(« basse ou château bas qui en est un démembrement et que 
(( je trouve alïloriné séparément, art. ()8. et cottisé un ilorin. 
« Je vous prie de donner des ordres nécessaires pour qu'on 
(( remplisse incessamment les formalités requises, à l'ettet 
« que cette omission soit réparée. 

« Je suis, etc. 



« Signé : Rémls.\t. 



« Aix, le 12 septembre 1783 ». 



Je répondis à cette lettre que je n'avais aucune connais- 
sance que la maison basse eut jamais été démembrée du lief 
de Mimet, (pi'elleavaiî, été alllorinée séparément parce qu'elle 



(i) Il existait à Mimet un anliquo droit féodal, peu coûteux. A chaque fôte de 
Noël, une députatioii dhahitauts venait olTrir à la dauie de Mimet, et enfermé dans 
une (•a<,'^e, un roitelet vivant, une ftjtoasr, (jui était retnis par elle en liberté. Les 
porteurs recevaient une lucrative hoiui inniie ; aussi ce présent contlnua-t-il 
à être oll'ert à M"" de Gras Jusqu'à sa mort, arri\ée à .\ix on i8j5. 

Nous avons siijnalé cet ancien droit féodal de Mimet dans notre histoire des 
Tributiis et du lief de Sainte-Mar^aierite, à propos de lepervier que les seigneurs 
de cette terre devaient à ceux de Picrre\ert. 



— 01 — 

avait été désemparée à un fils cadet de la maison de Chausse- 
gros : que M. de Uégusse n'avait jamais prêté hommage que 
pour le fief de Mimet et que si l'on me prouvait qu'au lieu 
d'un fîef j'en ai deux dans ma terre, je prêterais volontiers 
hommage pour celui de la maison tjasse. Sur cette réponse, 
on ne me demanda plus cet hommage. 

Le 3 mai 1786, je fus appelé encore à donner le dénombre- 
ment de mes seigneuries de Mimet et de Rousset. 

En 1787, j'ai fait mes preuves de noblesse pour assister 
aux Etats de Provence dans le rang des gentilshommes pos- 
sédant fiefs. L'ouverture s'en fit à \ix, le 3i décembre 1787 : 
ces Etats furent pléniers. Le 25 janvier suivant, eut lieu une 
nouvelle réunion des Etals à laquelle j'assistais aussi. 

Prétentions du marquis d'Oliî^res a la haute seigneurie 

SUR Mimet. 

« ... En 1786, Louis de Félix d'Olières, en qualité d'ancien 
baron de cette terre, prétendit être haut seigneur de la moitié 
de Mimet, et le 19 août de cette année, il présenta requête au 
lieutenant-général du siège pour que j'eus à lui prêter foi et 
hommage pour cette moilié de ma seigneurie, sinon elle 
tomberait en commise (i ) et serait réunie au domaine suze- 
rain de sa baronnie d'Olières. 

(( Ayant fait assigner en garantie le jeune marquis de 
Régusse comme fils du vendeur, je lis donner aussi assignat 
tion à M'" Bonnety ayant procuration du curateur du jeune 
homme mineur. M. des Jardins, de Paris. M. Bonnetv fit 
assi":ner à son tour l'administrateur du domaine roval. en 
restitution d'une partie des lods payés lors de la vente de la 
seigneurie : mais celui-ci me communiqua une ancienne 
sentence du siège d'Aix (jui avait déjà renvoyé, le 24 juil- 
let 1662, M. d'Olières de pareille prétention. 

« Malgré ce, M. de Félix ayant voulu faire appel, la cour 



(i) Terme de jurisprudence féodale qui signiliait confiscation au profit du sei- 
gneur supérieur, faute par le vassal de rendre les hommages et obligations im- 
posés . 



02 — 

le tlébouta par un anvl du tq février 1788. Mais, m'ayant 
l'ait signifier un expédient, je lis opposilion. alléguant que 
M. d'Olières n'avait pas le droit de se (pjalilier de marquis 
d'Olières, attendu que ce qualilicatif pouvait nuire à mon 
îilre de seigneur complet de Mimet, et cela parce que le roi, 
en 1689, avait érigé cette terre d'Olières en marquisat: qu'il 
1 avait lait sur les renseignements mensongers fournis par 
M d'Olières lui même (pii prétendait que les fiefs de Housset 
et de Mimet étaient incorporés à sa baronnie d'Olières et en 
relevaient, et cependant, alors connue aujourd'hui, ces fiefs 
ne relèvent que du Roi. 

(( Je fis à mon tour signifier au marquis d'Olières défense 

de se (pialilier sehjneur f/iajeur de Mimel. Mon expédient fut 

accepté par le procureur de M. d'Olières, par celui de M. de 

Héo-usse, par M. de \lonlmeyan, avocat général ; mais 

M. d'Olières. âgé de plus de cSo ans, homme très entêté et 

opiniâtre, d'un caractère très dillicile, ne voulut jamais 

signer lui-même son acceplalion ; il fallut que M. Coquilhat, 

son procureur, la signal pour lui avec cette formule : pour 

M. le marquis d\jUères en vertu de mes pouvoirs. Enfin par 

arrêt final du 3o mars i-jSi), le Parlement accepta mon 

expédient et confirma de nouveau la sentence de 1G62, 

déelarant le roi seul seigneur su:er(un de Mimet, et faisant 

défense expresse au marquis d'Olières de se quali/ler seigneur 

majeur de Mimet. à peine de 10.000 livres d'amende pour 

chaque contravenlion. et le condamnant, en outre, aux 

frais (i) )). 



^. B. — Dans le procès que j'ai ou avoc M. d'Olières, ajoute M. de 
Gras, ii fut par lui corninuiiiquéo uuo pièce de transaction passée, le 
juillet i405, entre (iuilliaunie Cliausse^nos, co-sei<?neur de Mimet, et 
Francisque de Uocpieforl. fille à feu Pierre aussi co-seigneur dudit 
Mimet. dans lacpielle il est dit qu'à cette époque le cfuUeau tombait en 
ruines et (jue le village autour, en ruines aussi, était inhabité 



(i) On peut rapprocher ce procès de celui qu'avait en, en 1757, M. de Chène- 
rillcs contre M. de Hernicr de Pierrevert pour la seigneurie de Sainte-Margue- 
rite (a), 

(a) p. 14, JJiit. des Tributiis loco citalo. 



— 53 — 

Améliorations apportées a la terre de Mimet. ce qu'elle 

avait fini par couter. 

(( ... Dès le lendemain de mon acquisition de Mimet, je 
procédais, écrit encore Honoré de Gras, à l'amélioration de 
mes terres et à rembellisseinent du tour du château, où tout 
était abandonné et négligé... » 

M. de (iras raconte donc en détail les plaiilalions de 
vignes, d'arbres divers, ormeaux, tilleuls, pins, alisiers qu'il 
fit faire dans ses domaines et aux avenues de son château. 
Souvent ses ouvriers étaient dans l'obligation de faire des 
trous dans des rochers appelés dans le pays malaussène (i), 
qui ne pouvaient se briser que par petits morceaux et avec 
le pic. 

11 parle aussi des fontaines qu'il créa, des eaux qu'il 
amena dans ses parterres, etc., pour toutes ces améliora- 
tions, ne manque-t il de dire, il avait dépensé plus de 
80.000 livres, et pour l'ensemble de sa terre, depuis son 
acquisition, 370.000. 

Vente du domaine appblé Loqui, au terroir des Mille. 

(( ..Le 26 avril 1774, je vendis, écrivant Perrin, not. à 
Aix, par procuration donnée à ma femme, à cause de mon 
exil, ma bastide de Loqui, au terroir des Mille, à M. Pierre- 
Antoine Sage, natifde Paris, demeurant à Saint-Pétersbourg, 
au service de S. M. 1. de toutes les Russies. Sur les 22.000 li- 
vres que j'en retirais, j'en plaçais sept sur les Messieurs Pin, 
marchands drapiers d'Aix, connaissant leur solvabilité et 
parce que je sais qu'ils ne font jamais aucune folle dépense 
et qu'ils sont rangés dans leurs affaires. Je fais d'ailleurs une 
grande difl'éiencc de la sûreté de la fortune des marchands 
d'Aix où les banqueroutes sont fort rares d'avec celle des 



(i) Nous appelons rattention sur ce mot : les pays appelés Malaussène ne tire- 
raient-ils par leur dénomination de celle (pialilé de pierres qui n'est qu'une marne 
argileuse peu homogène, d'où son nom mala sana pas saine, impropre à bàlir. 



- 54 - 

négorianls de Marseille que je regarde toujours comme 
incerlaine lant qu'ils sont dans le commerce, quelque 
riches qu'ils paraissent être ». 

M. de Gras ajoute ensuite qu'il avait la certitude de pou- 
voir reprendre cette somme quand il en aurait besoin, chez 
les MM. Pin, et c'est ce qui arriva quand, quelques mois 
plus tard, il eut à meubler sa nouvelle maison de la place 
des l*rechcurs, à Aix. 



CHAPITRE V 



La maison de (Iras sur la place des Prêcheurs. — L'échafaud fixe qui est 
sur cette place. — DilTicultés avec le gardien de Notre-Dame des Vn- 
rros. — Le carcan seicrncurial de Mimet. - Ce que rapportait une 
charge de conseiller au l'arlement de Provence à la fin du \VIII«= siè- 
cle. — Son remboursement par la nation. — Achat du domaine de 
Sainl-Milre. 



Au sujet de la maison d'Aix, Honoré de Gras écrit : 
c< ... La grande maison sur Ja place des Prêcheurs, à Aix, 
dont j'avais héritée de mon oncle Louis Bruno de Mayol. 
conseiller aux Comptes en 172.'^, avait été acquise par 
mon aïeul, son père, de M. d" Arnaud de Uoussct, le i^ sep- 
tembre i-jii), au prix de 15.000 livres, écrivant Guyon, 
notaire d'Aix (i ). 

« A l'époque de la mort de mon oncle, en lyGiJ, la majeure 
partie de cette maison était à terre, à peine avait-on com- 
mencé à la rebâtir. Je fis continuer cette bâtisse, et les 
appartements en façade lurent prêts en 17(39, à la mort de 
mon oncle l'abbé de Mayol. et définitivement en 1771. Les 
dépenses de cette maison s'élevèrent à 37.000 livres » (2). 



(U Henri d'Arnaud, seigneur de Roussel et de Vallongue. mari d'Elisabeth de 
Pcrrier. 

C'est aujourd'hui la maison de la dame V- Coupin, W 3, de la place des Prê- 
cheurs, bien en lace de l'église de la Madeleine, possédant encore sa porte en bois 
duc au ciseau de Saurin. La poric en pierre avec ses sc.ilptures. dues au ciseau de 
Chastel, a été agra.idie. pour ouvrir lui imposte permettant d'éclairer le vestibule. 

{■^} Nous possédons les comptes de tous les ouvriers qui travaillèrent à sa 




Porte en noyer de la maison de Gras de Prégentil 

sur la place des Prêcheurs, sculptée par J.-B. Saurin, en 1766. 



INTENTION 












EXPOSURE 



— 54 — 

négocianls de Marseille que je regarde toujours comme 
incertaine tant qu'ils sont dans le commerce, quelque 
riches (|u'ils paraissent être ». 

M de Gras ajoute ensuite qu'il avait la certitude de pou- 
\oir reprendre cette somme quand il en aurait besoin, chez 
les MM. Pin, et c'est ce qui arriva quand, quelques mois 
plus tard, il eut à meubler sa nouvelle maison de la place 
des Prêcheurs, à Aix. 



CHAPITHE V 

La maison do (Iras sur la place des Prêcheurs. — L'échafaud fixe qui est 
sur cette place. — DilficuUés avec le gardicMi de Notre-Dame des Vn- 
gcs. — Le carcan seigneurial de Mimet. — Ce que rapportait une 
charge de conseiller au Parlement de Provence à la fin du \\ 1II«= siè- 
cle. — Son remboursement par la nation. — Achat du domaine de 
Saint-Mitre. 

\n ^ujet de la maison d'Aix, Honoré de Gras écrit : 
(( ... La grande maison sur la place des Prêcheurs, à Aix, 
dont j'avais héritée de mon oncle Louis Bruno de Mayol, 
conseiller aux Comptes en 172.^ avait été acquise par 
mon aïeul, son père, de M. d'Arnaud de Roussel, le i\ sep- 
tembre 1716, au prix de i5.ooo livres, écrivant Guvon, 
notaire d'Aix (i ). 

. (( A ré[)oque de la mort de mon oncle, en i7()G, la majeure 
partie de cette maison était à terre, à peine avait-on com- 
mencé à la rebâtir. Je fis continuer cette bâtisse, et les 
appartements en façade Turent prêts en 17G9, à la mort de 
mon oncle l'abbé de Mayol, et définitivement en 1771. Les 
dépenses de cette maison s'élevèrent à 07.000 livres » (•;•). 



(i) Henri d'Arnaud, seigneur de Roussel et de Vallongue. mari d'Elisabeth de 
Perrier. 

C'est aujourd'hui la maison de la dame V" Coupin, n' 3, de la place des Prê- 
cheurs, bien en face de l'église de la Madeleine, possédant encore sa porte en bois 
duc au ciseau de Saurin. La porle en pierre avec ses sculptures, ducs au ciseau de 
Chastel, a été agrandie, pour ouvrir un imposte permettant d'éclairer le vestibule. 

(2) Nous possédons les comptes de tous les ouvriers qui Iravaillùrent à sa 




:^Jc.Çfon. 



Porte en noyer de la maison de Gras de Prégentil 

sur la place des Prêcheurs, sculptée par J.-B. Saurin, en 1766. 



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C O N V E NT I O N 

entre Honoré de Gras, Conseiller au Parlement, et J.-B. Saurin, 

pour la sculpture de la porte en noyer de la maison de la place des Prêcheurs, 

du 29 Juillet 1766. 



(Collection Paul Arbaud, à Aix.) 



— 55 — 

(( ... En 1780, pour agrandir ma maison, dit encore M. de 
Gras, j'aclietai dans la rue Kitlc-HaQe, et au prix de 0.000 li- 
vres, la maison de Tavocat Ailhaud. par lui jadis acquise de 
M. du Périer, écuyer de main de Sa Majesté (i). 

« En 1770, ma maison de la place des Prêcheurs fut 
imposée extraordinairement d'une somme de 600 livres par 
suite de la plus value qu'elle était censée acquérir par la 
démolition de léchafaud fixe et bâti en pierre qui était sur 
cette place et qui fut démoli par permission du roi le /] dé- 
cembre 1775. 

c( Dans tous les cas, nous n'eûmes plus le hideux spectacle 
des exécutions et de celte cohue qui les accompagnait tou- 
jours ». 



DUFICULTÉ AVEC LES PÈRES DE NoTRE DaME DES AnGES. 



(( ... En 1783, le P. Mauvans, supérieur de la maison de 
Notre-Dame des Anges, fit abattre le pilier qui était au- 
devant de la porte de l'église et auquel sont attachés deux 
écussons à mes armoiries et un carcan (2). 11 fit reconstruire 
ce pilier à trois cannes environ de l'endroit oii il était. Averti 
du fait, je portais plainte au lieutenant-général de la séné- 
chaussée d'Aix. Le P. Mauvans. apprenant que ce magistrat 
allait venir visiter les lieux, m'ofirit de faire rétablir, à ses 
frais, le pilier au point où il était. Ce qui eut lieu. Ce pilier 
a 9 pans de haut et à la base, un pan et trois quarts d'épais- 
seur ; il est à 19 pans de la façade de l'église, et à 6 cannes 



construction, parmi lesquels on retrouve les noms de Saurin et de Chastel pour 
les sculptures de certains ornements et armoiries. 

Ce sont ces armoiries que nous donnons en tète de ces pages, beau travail en 
marbre dû à Chastel et qui fait partie des collections de M.Paul Arbatid.qui a bien 
voulu le faire reproduire, pour cette publication ainsi que celui de la porte. 

(i) Charles-Philippe du Périer, fils de François et de demoiselle Hamart de Che- 
vrigny, descendant du célèbre ami du poète Malherbe, immortalisé par le vers 
que l'on connaît. 

(2) On sait ce qu'était le carcan et en quoi consistait son usage comme puni- 
tion afnictive et infamante; ce que l'on sait moins, c'est que ce n'est pas à la 
Révolution qu'il fut supprimé, mais par une loi de i832 et remplacé par l'expo- 
sition simple qui, à son tour, disparut en i8^S. 



— 50 — 

de Ja favadc de la maison. Le carcan est place du coté du 
midi : nn ccusson à mes armes se trouve faisant aussi lace 
au midi et laulre au couchant. 

En février 1782, le même P. Mauvans avait fait faire 
une coupe dans mes bois : il n'a pas accepté l'arbitrage de 
messieurs les conseillers de Beauval et de Saint-Marti^'n qui 
le condamnaient et jai dû le poursuivre devant Messieurs 
de la Chambre des eaux et forets qui prononcèrent arrêt 
contre lui le .0 Juillet 1783. Par cet arrêt, il fut défendu aux 
Pères de l'Oratoire de faire aucune coupe dans mes bois : ce 
qui était dînèrent d'avoir faculté et usage du bois, droit que 
je ne leur contestai pas; pendant que le P. Mauvans était 
assigné, les Pères de l'Oratoire le remplaçaient dans la 
direction de la maison de Notre Dame des Anges par le 
P. Cérard. Et c'est à lui que je fis signifier l'interdiction de 
garder dans mes bois les troupeaux de sa bastide de Verdil- 
lon, terrain de Gardane, et des autres bastides que sa maison 
possédait : j'obtins le remboursement des dix-neuf gros pins 
que son prédécesseur avait fait couper, j'exigeai la vérifica- 
tion des limites de nos bois respectifs, afin d'éviter à l'avenir 
toute dilTicullé ».. 

Ce OLE ME RAPPOUTE MA CHAHC.E DE CONSEILLER Al PARLEMENT. 

»... J'ai calculé le revenu de ma charge de conseiller au 
l'ariement d'Aix depuis ma réception en 17/16 jusqu'au 
I" octobre 177 j. époque où ledit parlement fut cassé; j'ai 
trouvé que bien que ma mauvaise santé ne m'ait pas permis 
de travailler les quatre dernières années de mon exercice, 
ma charge, an par an, m'avait rendu 1.(161 livres. 

« De la réinstallation du Parlement à sa suppression, 
bien qu'aussi j'ai du, par maladie, rester à Mimet dans les 
années 1775-76-77 et partie 1778, ce revenu a été de 2.0,39 li- 
vres, ce qui fait au-delà de 5 o/o d'intérêt des /,o.ooo livres 
qu'elle m'avait coûté. Je n'ai pas tenu compte du franc- 
salé que j'ai pris en nature (provision de sel exemptée des 
droits que payait le public» ». 



Impositions extraordinaires au moment de la Révolution. — 
Suppression des parlements. — Achat du domaine de Saint- 
Mitre A Saint Maximin. 

« ... Le 22 décembre 1789, j'ai dû faire la déclaration de 
mes revenus de Mimet et autres, déduction faite néanmoins 
de toutes charges, afin d'établir ma contribution patriotique 
du quart de ces revenus. Ce quart a été fixé à 2.^100 livres, 
dont j'ai payé le premier tiers le 12 juillet 1791 à M. Henricy. 
trésorier de la ville, avant donné à M. Pin. receveur de la 
viguerie. quittance d'un trimestre du revenu de mon olfice 
de conseiller s'élevantà 5io livres. 

« A la suppression des parlements, ma charge fut liquidée, 
en juin 1791. à /40.000 livres qui furent remboursées en 
assignats sur le taux de AA-ooo livres et employées pour leur 
sûreté, bien qu'à contre cœur, au paiement d'une partie du 
domaine de Saint Mitre, qui avait appartenu aux Domini- 
cains de Saint-Maximin. Nous acquîmes ce domaine pour le 
prix de 170.000 livres, de moitié avec la dame Anne- 
Catherine de Hayon, épouse de M. Ricard, député à l'As- 
semblée nationale pour la sénéchaussée de Toulon, qui avait 
été mon procureur fondé pour s'occuper, à Paris, de la 
liquidation de mon oiïice. 



CHAPITRE VI 



Suppression de la féodalité. — Encadastretnent des biens du seigneur à 
Mimet. — Destruction des livres terriers. - Usurpation des terres 



gasles de Mimet. 



Biens de la seigneurie de Mimet mis au cadastre en 1790. 

Dans les derniers aftouagements passés de 1698 à 1731. les 
consuls de Mimet avaient déclaré n'avoir que les droits de 
bûcherage et de dépaissance sur la montagne et avaient 
reconnu que les terres gastes appartenaient en propre au 



— 58 — 

seigneur, qu'ils n'avaient dans l'élcnduc de la commune ni 
domaine ni hicn fonds. 

En 1790. il la chute du régime féodal, le bien du seigneur 
deMimet fut encadastré : il fut compris en 23 articles ainsi 
énumérés : 

i" Le bâtiment et terres du Chàteau-bas contenant 1 1 1. 100 cannes 
faisant 74 charges deux tiers de panai, estimés 2.575 livres de 
revenus. 

T Terres du (piartier de Curet, 33.000 cannes 21 charges 3 pan- 
neaux, estimées 1^4 livres de revenus. 

3" Les bâtiments et terres de Doudon, estimés 1.929 livres. 

4" Les terres au quartier de Sautaduu, estimées 12 livres. 

5" Les bois au ({uarlier de Sanjonc. dit Lubac, estimés 1 10 livres. 

6» Terre au (piartier de Peiresc, estimée i84 livres. 

-; BAlimenl ruiné et terres au même quartier appelé ba&lidc de 
Peiresc dépendant aussi du domaine de la Tour (1), estimés 1^7 li- 
vres. 

8" Autres terres en vigne et oliviers aussi du même domaine, 
estimées 216 livres. 

9" Terres au ((uarlier de la Vignasse, du même aOar, estimées 
3 19 livres. 

lo" Les bAlimentset terres de ce domaine, estimés i.iSi livres, 
ir Les terres du quartier de Greou, même domaine, estimées 
210 livres. 

12" La partie du vieux château servant d'auditoire de justice, 
estimée 7 livres ro sols. 

i3° La propriété agrégée du bois de la Glacière, estimée 29 livres. 

i4" Leboistailli, dit le Devès.ou Déven (Défends) estimé 8(^ livres. 

i5" Les bâtiments et terres de la Galinière, estimés 775 livres 

!()" Montagne dite X.-D. des Anges, appelée comuuuiément la 
coëlle (colline) plantée de pins, dans laquelle les habitants ont le 
droit de faire du bois, confrontant lescommunesde Saint-Savournin, 
Simiane, Allauch. déduction faite des terres (pii n'appartenaient pas 
au seigneur, la dite montagne contenant 1. 459.500 cannes faisant 
973 charges, estimée 6o3 livres. 

17" Le moulin à eau avec bâtiment, Ijords et régals, estimé 
5oo livres. 



(\) Aujourd'hui P^v/W. où sont les ruines d'une villa f^alio-roma 



me. 



— 09 — 

18° Le moulin à vent, quartier de la Dillote ou Diote, estimé 
170 livres. 

19" Le four et son revenu sous le vieux château, estimés 34o livres. 

20" Les censés en argent que font les habitants suivant ma décla- 
ration, estimés ^i!)Çi livres. 

2r' Les censés en blé. estimés 5.200 livres. 

22" Les censés en poules, estimés 102 livres. 

33" Le revenu des droits de lods, estimé 222 livres. 

Le total de l'allivrement de mes biens ci-devant nobles s'élevait à 
15.933 livres i4 sols. 

Abandon de mes terues castes a la commune. 

(( ... Aux années 1794 et 1793, la commune de Mimet, qui 
cependant avait reconnu autrefois, venons-nous de dire, 
qu'elle ne possédait rien dans son territoire, demanda la 
propriété exclusive de toutes les terres gastes qui m'appar- 
tenaient par la puissance féodale, pour être transformées en 
biens communaux. Elle n'osa s'emparer carrément de ces 
biens et, gardant an certain respect pour ma personne, elle me 
fit proposer d'en passer par la décision d'un arbitrage juri- 
dique. Jacceptai et, comme j'en avais le pressentiment, les 
arbitres, terrifiés par le règne de llobespierrc, décidèrent que 
la commune garderait la propriété de la montagne de Notre- 
Dame des Anges, les terres gastes de Doudon et celles aussi 
qui dépendaient de mes autres domaines de Château-bas, 
de la Tour et de la Galinière : c'est ainsi que je fus dépossédé 
de mes droits ». 



Destruction des anciens livres terriers de Mimet. 

(( ... Par les derniers décrets de la Convention, rendus 
en 1793, les censés, redevances et autres droits féodaux avaient 
été supprimés sans indemnités par l'art. VII de la loi du 
17 juillet 1790, tous les anciens papiers terriers devaient être 
déposés aux greffes des municipalités pour être brûlés. Par 
le sentiment de terreur que m'inspirait la tyrannie de Ro- 
bespierre et de son règne, j'envoyai de Marseille, où j'étais 
alors, à la municipalité de Mimet. les deux volumes conte- 



— 6o — 

nant les extraits de reconnaissance des habitants passés de 
1772 à 1788; la commune m'en donna ([uiltance. L'année 
suivante, pour le même motif de crainte, cédant aux ins- 
tances réitérées de ma famille, je déchirais les deux volumes 
d'extraits de reconnaissances passées en faveur de M. de 
Hégusse ; nous craignions les visites nocturnes dont on nous 
menaçait chaque jour. 



CHAPITRE VII 

La Rovolulion. - Dopait d'Aix, séjour à Marseille, à SaiiilMaxiinin 
ensuite. — Scellés mis sur les maisons d' Aix et de Mimet. — Vols qui 
y sont commis. — llelour à Aix. — Kn 1798, M. de Gras est arrêté 
comme agent de Pitt. — Sa mort en 1799. — Ses deux fils, l'aîné, 
maire d'Aix et conseiller à la Cour. — Vente de la terre de Mimet. — 
Fin de la famille de (îras de Prégentil. 

(( ... Pour trouver une tran([uillité rpie nous n avions plus 
à Aix et fuir les menaces continuelles cpji nous étaient faites, 
je pris le parti de me retirer à Marseille le i" août 1791 avec 
ma femme et mes (ils. Nous y restâmes justpi'au 2 mai 179^1. 
jour au(piel nous fijmes forcés d'en sortir à la suite d'un 
ordre d'expulsion comme ci-devant nobles et nous vînmes 
nous léfugier à Saint Maximin. Pendant notre séjour à Mar- 
seille, ce ne fut cpjim qui-vive continuel, des menaces inces- 
santes d'être emprisonnés qui nous obligèrent, plusieurs 
mois durant, de nous tenir cachés à la plaine Saint Michel, 
chez ma cousine de Saint Jacques. 

(« ... Le I" octobre 1790, pendant que nous étions encore à 
la plaine, on mit les scellés sur ma maison d'Aix, avec deux 
hommes pour les garder ; quelques jours après, on les mettait 
aussi à Château bas avec un garde de scellé. Là on s'empara de 
mes vergers, potagers, prés. On lit faire l'inventaire de ce que 
j'avais danscesdeux maisons. J'élaisrevenu. le l'janvier 179.^1. 
dans notre logement de Marseille ; je demantlais à Aix que 
les scellés fussent enlevés de ma maison, prouvant par deux 
témoins que j'habitais Marseille : on me demanda un cer- 



~ 61 — 

tificat de résidence signé de /ie»/ témoins, je le fournis : on 
me retourna mes pièces sans que je puisse rien obtenir et 
cependant, pour être muni de ce certificat de neuf témoins, 
j'avais été obligé d'aller tons les jours à la maison commune 
pendant un mois et d'essuyer toutes les longueurs possibles 
par suite du transfert momentané de la mairie chez le s' 
Roux (i), dans la rue Mazade el de la nécessité de faire à 
nouveau afficher ma demande de certihcat. Je dus plusieurs 
fois comparaître aux audiences de la municipalité et les pro- 
pos tenus par quelques-uns de ses membres n'étaient pas 
rassurants. 

(( ... Nous passâmes à Saint-Maximin les plus mauvais jours 
de la Terreur. Après la mort de Uobespierre. les membres 
du district hirent changés et un ordre du 28 octobre autorisa 
l'enlèvement des scellés et séquestres et, sur une pétition que 
j'adressais, ceux sur mes maisons d'Aix et de Mimet furent 
enlevés... 

Ketolr a Aix. 

(( ... Enfin, après une absence de plus de quatre ans, je 
revins à Aix avec ma famille. On ne s'imagine pas dans quel 
état j'y trouvai ma maison, tout y était dévasté ou brisé. 
On m'avait pris, soi disant par nécessité pour la Nation, 
5^1 matelas, mes couvertures, mon linge, les rideaux, trin- 
gles des fenêtres, la batterie de cuisine, la vaisselle, etc., 
arraché les tuyaux de plomb des caisses et lieux à l'an- 
glaise, volé mes livres, les bijoux que je n'avais pu empor- 
ter, mes fusils, pistolets, tout avait disparu : on avait bu mon 
vin, pris le linge de corps de ma femme et le mien, ses 
robes, ses dentelles, etc. 

« Ma belle tapisserie d'Aubusson que ma femme avait 
achetée à Paris, fut mangée des teignes, lacérée. 

« Dans mon château de Mimet, où je n'avais pas mis les 
pieds depuis 1788, tout avait été volé aussi ou bouleversé : 



(i) Ce détail est-il mentionné dans l'histoire moderne de Marseille .^ 



— 62 — 

couvertures, «^^arnilures de lits, livres, estampes, linge, armes ; 
on y avait brûlé tous mes papiers. Dès le début de la Révo- 
lution, on avait décroché tous mes portraits de famille et les 
nombreuses t)einturcs qui décoraient la grande salle et on 
les avait brûlés sur la terrasse, au midi, ainsi que les cartes 
du parlement et autres gravures de valeur que M. de Hégusse 
ou moi Y avions collectionnés. 

« ... Après mètre de nouveau organisé comme je le pus, 
je vivais assez tranquille à Aix depuis trois ans lorsque le 
29 juillet 179'*^. à 1 heures du matin, ma maison fut envahie 
par des soldats escortant un commissaire de police pour 
m'arrèter comme un agent secret de l'étranger. Je répondis 
que j'étais malade et ne pouvais me lever; le commissaire, 
laissant deux soldats à ma garde, fut rendre compte de son 
mandat à la municipalité. Mon fds aîné s'y rendit aussi, 
exposa mon âge, ma santé et obtint que je resterai prisonnier 
chez moi, gardé par un gendarme, tandis qu'il apprenait 
qu'un grand nombre d'autres personnes étaient jetées aux 
prisons des casernes pour être transférées aussi au couvent 
desAiidrèles 

« ... J'étais accusé d'être un aye/il des plus l'uscs de Pitt, 
de recevoir à Mimet sa correspondance ])0ur la transmettre 
dans les environs. Je dcmaiidai h être interrogé sur ces pré- 
tendus crimes et n'eus pas de peine à détruire l'inanité de 
ces accusations. » 

M. de Ciras, au sujet de cet interrogatoire, dit textuellement 
ceci : 

« ...Le président des administrateurs qui m'interrogeait ne 
me lit pas de question, mais, en revanche, il me fit de lon- 
gues observations sur la souveraineté du peuple, sur 
l'égalité et sur le regret où je devais être d'avoir perdu les 
privilèges attachés à la caste dontjétais dans l'ancien régime, 
et c'était ce qui me rendait suspect aux républicains, me dit- 
il. H parla de la réaction royale que l'on avait voulu faire 
avant le iS fructidor an V, à laquelle jamais du m'opposer : 
il me demanda si je ne connaissais pas les motifs de mon 



— 63 — 

arrestation. Il parut surpris de ma réponse négative et me fit 
ramener chez moi... » 

M. de Gras ajoute en manchette sur son livre : 

« Ce président n'avait que trente-deux ou trente trois ans ; 
comme pour s'excuser de faire tant d'observations à un 
vieux magistrat il me disait, sans cesse : vous savez mieux 
que moi, citoyen ... » 

(( ... Le 7 octobre, mon garde me fut enlevé et je fus rendu 
à la liberté. Mon arrestation, faite le 11 thermidor, avait 
donc duré deux mois et dix jours. 

c( Je fus très sensible à la part que le public prit à ma mise 
en liberté ; j'en recevais chaque jour les témoignages les 
plus flatteurs, non seulement chez moi et dans les maisons 
011 j'allais, mais encore dans les rues où j'étais arrêté à tout 
moment pour recevoir des compliments de félicitations. » 



Le Livre de raison d'Honoré de Gras s'arrête à cette date et 
son ills aîné. Jerm-P(^/w/-Joseph, écrit à la suite de ces der- 
nières lignes : 

« Mon père. Honoré Jean-Joseph-Louis-Martin de Gras, 
est décédé à x\ix, âgé de soixante-quatorze ans un mois, le 
i\ novembre 1799, sur les onze heures du soir. Que Dieu 
ail reçu son âme ; je le regretterai toute ma vie ! » 

Quelques pages plus loin, il consigne en ces termes le 
décès de sa mère : 

((Dame Charlotte de Clapiers de Cabris, ma rnère respec- 
table, est morte à Aix, le 28 janvier 1825, à neuf heures et 
demie du soir, âgée de quatre vingt-deux ans et trois mois. 
Que Dieu ait son ame ; je la regretterai toute ma vie ! » 

Honoré de Gras n'avait eu que deux fds de son mariage 
avec Charlotte-Catherine de Clapiers-Cabris : 

Jea/i-Paul Joseph-François, né à Aix, le 18 septembre 1768, 
que nous venons de nommer et dont nous allons parler 
encore, connu dans sa jeunesse sous le nom de Monsieur de 



- 61 - 

Miinel. et /'/•Gr//r'o/.s'-Louis-Gliaiies, né le 3 janvier 1770, 
appelé le chevalier de Gras, mort sans alliance à Aix, le 
9 avril i855 : celui ci se destinait à Tétat militaire. Son père 
avait fait des démarches pour le faire recevoir à l'Ecole 
militaire avec piomesse de le voir admis plus lard au régi- 
ment du Koi, où se trouvaient plusieurs olficiers provençaux. 
Pendant la Révolution, il servit au 10' régiment de hus- 
sards. II hahilail. Tété, sa campagne de Saint-Mître. j)rc\s 
de Saint-Maximin. 

A sa mort, il laissa sa fortune à son neveu et filleul, 
Charles de (iras de Prégentil, fils unique de son frère, que 
nous allons retrouver aussi. 

Jean-Paul de Gras fit de brillantes études au collège de 
Juilly et prit ensuite sa licence en droit à l'Université 
d'Aix. En 1807, il fut nommé maire de la conuimne de 
Mimet, où il faisait son séjour une partie de l'année. 

Le II juillet 181 1, il fut appelé aux fonctions de maire 
d'Aix. Ses adjoints étaient MM. Alexis et le marquis d'Olivari, 
ancien officier de marine. Le secrétaire de la mairie était 
M. Houx-AIphéran, lecélèhre historiographe de la ville d'Aix. 

Il fut reçu, le jo décembre 181 1, mendjre de lAcadémie 
d'Aix. Le jour de sa réception, étaient présents à la séance : 
M^'"^ JaufTret. archevêque d'Aix: : M. d'Arbaud-Jouques. sous- 
j)réfet : le baron de Vogt, conseiller d'Etat du Danemark : 
le baron de lîonstetten, ancien mendjre du gouvernement de 
Berne : M. Balïier, premier président de la cour ; le prési- 
dent Fauris de Saint-Vincent, député au Corps législatif, et 
une foule de notabilités de la ville. 

(( ... Mon administration, dit M. de Gras, fut assez ora- 
geuse, à cause des événements politiques, de l'entrée à Aix 
des armées étrangères ; mais en 181/1, je fus assez heureux 
de proclamer l'avènement de Louis XYIII au trône de ses 
pères. L'enthousiasme de mes concitoyens fut même un 
délire. Le 12 juillet 181 /i, je reçus la duchesse douairière 
d'Orléans, et le 29 septembre suivant. Monsieur, comte 
d'Artois, frère du roi, qui me nomma chevalier de la Légion 
d'honneur. 



(( . .Le 7 mai delà même année, la ville d'Aix m'avait dési 
gné. avec M. le marquis de Lagoy, commandant de la Garde 
nationale, et M. Pin, ancien conseillera la cour des Comp- 
tes, pour porter ses vœux et souhaits aux pieds du 
trône ». 

Destitué de ses fonctions au retour de l'empereur, il reprit 
l'administration à la seconde Restauration, mais il donna sa 
démission le '^o juin i8i5, pour être nommé conseiller à la 
cour d'appel, le 29 février suivant. 

Le décret du 1" mars 1802, sur les retraites, l'atteignit 
comme tant d'autres magistrats. 

Après avoir aliéné sa belle maison de la place des Prê- 
cheurs, Jean-Paul de Gras, vers i835, avait vendu au marquis 
de Foresta sa terre de Mimet (i). A la mort de celui ci. les 
domaines de l'ancienne seigneurie furent partagés entre ses 
f]ls. Chateau-bas obvintà M. Fernand de Foresta qui le céda, 
en 1875, à M. Ranc|U£négociant, de Marseille, aux héritiers 
de qui il appartient encore. 

Jean-Paul de Gras avait épousé à Arles, le G septem- 
bre 1801 (18 fructidor an IX). Marie-Clotilde de Barreme, 
fille aînée de Joseph-Henri, qualifié marquis de Barreme, 
habitant Tarascon, qui avait été guillotiné à Paris avec ses 
deux frères, \ prairial an II (28 mai 1794), et d'Anne-Pierrette 
de Barreme-Ghateaufort, héritière de la branche de cette fa- 
mille qui habitait Arles (2) 

De ce mariage, il n'avait eu qu'un fils : 

C/ia/7e5 Pierre- Joseph, né à Aix le 28 mars i8o3. membre 
de la Commission des hospices de cette ville, chevalier 
de la Légion d'honneur, mort sans alliance à Lyon, le 
28 juillet i850, resté fort populaire dans sa ville natale. 



(1) Le 3o décembre i8a6, M. de Gras avait vendu, au prix de 900 livres, à 
Nicolas Delœuil, le l'our banal de Mimet et les chambres que les sei^rneurs du pays 
possédaient dans l'ancien château. 

(3) La famille do Barreme, perpétuée jusqu'à nos jours, descend d'un /»' frère, 
plus jeune, Joseph, qui sauva sa vie par l'émigration. Il a été sous-préfet d'Arles 
sous la Restauration et do stn mariage, en tXo-i, avec Louise de Nicolaï. il a 
laissé postérité. 

LlVKt: UE UAISO.V ^ 



— 66 — 

Son père lui survécut jusqu'au 20 octobre suivant et sa 
mère ne mourut ([ue le 27 octobre 1867, âgée de près de 
(juatre vingt dix ans. 

La succession de celle dernière fut recueillie par ses sdmrs, 
Ai de Fauclier, notre aïeule, et la baronne de Uéginel. 
C'est ainsi que nous avons été appelé à posséder les papiers 
et documents intéressant la seigneurie de Mimet et la famille 
de (jras de Prégenlil. 

Le dfrmeh seigneur de Mimet teumine son livfie de raison 
par ces conseils a ses enfants. 

« ...Que mes enfants et leurs descendants apprennent à ne 
jamais déranger leurs aflaires : qu'ils se fassent bonnenr de 
leur bien, mais sans le dissiper. Celui qui dérange ses aflai- 
res en est tôt ou tard la victime, surtout quand il avance en 
âge, parce que les besoins de riiomme augmentent dans la 
vieillesse. C'est par le dérangement des alTaires que les 
familles tombent et se détruisent et c'est ce qui serait arrivé à 
i.L aiienneque la mauvaise administration de mon père avait 
dérangée, si, par la faveur du ciel, je n'avais recueilli des suc- 
cessions qui l'ont refaite et l'ont rendue plus ricbe qu'elle 
n'avait jamais élé... Que mes enfants n'oublient jamais ([u'un 
bon père de famille ne doit pas dépenser tout son revenu 
lI iju'il doit en épargner une partie pour fournir à des dépen- 
ses imprévues qu'il faut faire souvent lorsqu'on y pense 
le moins et pour s'en aider dans des événements malbeu- 
reux qui sont inévitables dans le cours de la vie de Ibomme. 
Enlin, ([uils évitent surtout de s adonner au jeu : c'est la 
plus ruineuse de toutes les passions et celle dont il est le 
plus dilficile de se corriger quand on s'y est une fois 
livré! » 



QUELpS RENSEIGNEMENTS SUPPLÉMENTAIRES 



En glanant dans le Livre de raison du conseiller de Gras 
de Prégentil, nous avons encore trouvé les quelques notes 
suivantes, tant de sa main que de celle de son fds aîné qui 
fut conseillera la Cour d'appel, avons-nous dit. et pouvant 
offrir un certain intérêt pour l'bisloire des familles de l'an- 
cienne Provence. 



Mort de MM. de Clapiers et de Yellin, mes oncles. 

«... Le 7 janvier 1761, mourut Messire Jacques de Clapiers 
de Collongue, seigneur de Monlfort. mon oncle, faisant hé- 
ritier son pclil-rils(r)par son testament du i3 mars 1709; si 
je fais mention de cet acte, c'est parce que mon oncle nous 
substituait, mon père et moi, à son petit-iils en cas de décès 
sans enfant. Cette substitution fut consignée au greffe d'Aix 
le 12 février 1761 : il y eut inventaire ensuite ». 

(' ... Le 23 juillet 1760, M. Bruno de Yellin, frère de mon 
aïeule maternelle, mourut à Marseille, paroisse Saint-Martin, 
âgé de 98 ans. Par son testament du i5 septembre 1761, 
enregistré aux écritures de M*^ Hichaud, notaire du ditMar 
seille,il laissait son bien à sa nièce Françoise de Yellin, qui 
est devenue depuis M'"'' de Saint-Jacques, me substituant à 
elle pour un tiers de sa fortune, si elle mourait sans enfant, 
et me laissant, en outre, une somme de 5o mille livres : il 
léo^ua aussi 10 mille livres à mon oncle Louis Bruno de Mayol. 



(i) Jacque-Auguslin. 



— 68 — 

Les deux autres tiers de la fortune de mon grand-oncle de 
VelIinétaioFit substitués, l'un, à M""^^deMayol deSaint-Simon, 
épouse de M. \cgrel Bruny, de Uoquevaire, avocat à la 
Cour : l'autre, à M"" de Gautier, d Auba^^^nc. née aussi 
Mavol de Saint-Simon. )) 

MoilT DE M. DE MOWEHT ET LEGS DU MAHOUIS DE MoNTAUUOUX. 

« ... Le 24 avril 1785, mourut à son cbateau de Monvert, 
près de SaintZaebarie. M. de Kevest(i). cousin germain de 
mon père qui, par son testament du (3 octobre 1781, reçu 
Michel, notaire d'Auriol. laissa 6 mille livres à mon fds ca- 
det. François, son filleul. Il instituait pour son héritier M. le 
vicomte Louis de Hochcmorc d'Aigremont. 

<( M. Bourguignon de Fabrégoules, son exécuteur testamen- 
taire, me paya cette somme que je plaçai sur les messieurs 
Pin. frères, marchands drapiers d'Aix. 

(( Parson testament du 18 mars 1818, ouvert le 1 1 juin 1822, 
mon cousin Jean-Paul de Lombard Ciourdon. marquis de 
Montaiiroux. a laissé à mon frère et à moi une somme de 
iT) mille francs, à partager et à prendre sur le domaine des 
Antorches au plan du Bourg, terroir d'Arles. » (Note de Jean- 
Paul de Tiras). 

MoiM ET SUCCESSION DE MA COUSINE DE SaINT JaCQUES. 

«... Dame Françoise tle \ellin était née à Marseille le 17 oc- 
tobre 1723: elleavaitété mariée, le 16 février 1768 (Richaud. 
notaire à Marseille, passa le contrat), à Pierre Guilhaume de 
Saint-Jacrjucs (jui avait acquis la seigneurie d'Argens, con- 
seiller à la cour des Comptes de Provence, lils d'autre Gui- 
lhaume trésorier de France et de Thérèse Marseille de Bazan. 
Elle mourut sans enfant, le 22 juillet 179."). Elle avait fait 
un testament en ma faveur, dit Honoré de Gras, mais par 



( 1) Joseph-François de Revesl, seijt,aieiir de Monvert (fils de Pierre, conseillerau 
parlement de Provence, et de demoiselle de Creissel), conseiller aussi au même 
parlement, qui ne se maria pas. 

La lamille de Kcmuzat, de Marseille, posséda ensuite ce château. 



- 69 - 

suite des lois nouvelles qui avaient supprimé les substitu- 
tions, son testament fut cassé par le Tribunal. Sa succession 
qui était considérable, se partagea alors entre ses parents 
paternels, représentés par les familles de Gras et les héri- 
tiers de la branche aînée des Mayol de Saint-Simon ou les 
descendants de Françoise et de Marie de Mayol de Saint 
Simon, mariées, l'aînée, à Surléon de Gautier, d'Aubagne, 
l'autre, à François NegreLBruny, de Roquevaire, avocat à la 
Cour, (pie représentaient les nombreuses familles Négrel, 
Cailhol, llazard. Féraud, Martineng et Dedieu et ses parents 
maternels, la famille Béraud, représentée aussi par M .J" -Pierre 
Béraud et ses sœurs, les dames Gai, Jouve et Bayon, petits- 
entants d'Agnès Lyon, femme de Pierre Béraud, bourgeois 
des Mées et sœur de Désirée Lyon, mariée à Jean-Baptiste de 
Vellin, mère de la dame de Saint-Jacques, toutes deuxfdles 
deFrançois Lyon, bourgeois de Marseille, qui avait été asses- 
seur des consuls de cette ville en 1G62 et 1676. 

De cette succession de la dame de Saint-Jacques, M. de Gras 
eut, outre une somme assez importante d'argent, la campa- 
gne dsN.-D. du Monta Marseille, que son fils Jean-Paul ven- 
dit en i833 à M. Trouilhas, avoué à MarseiMe, pour la somme 
de soixante deux mille francs. 

A propos de l'acquisition du domaine de Saint-Mitre qui 
avait appartenu aux dominicains de Saint-Maximin, Honoré 
de Gras ajoutait dans son livre de Raison : 

(( ... Ce fut avec beaucoup de déplaisir et de répugnance 
queje me résolus à faire l'acquisition d'un domaine usurpé 
par la Nation aux PP. Dominicains ( i) mais je fus payé de 



( , ) Dans son propre livre de liaison M. François de Gras, fils cadet du dit Honore, 
à qui ce domaine de Saint-Mitre advint dans le partage de la succession de sont 
père, écrit ceci avant de mourir : ce ... Je recommande à mon héritier et je le 
prie instamment de donner annuellement à léglise de Saint-Maximin, ainsi 
qu'aux pauvres de celte ville, une quantité de blé proportionnée à ses facultés 
ou une somme d'argent équivalente, ainsi que mon père d'abord, ma mère, mon 
frère aîné et moi. avons toujours fait, et de continuer cette aumône pendant 
tout le temps qu'il sera en possession du domaine de Saint-Mitre. Je le prie en- 
core de faire la mèmerecommandation à ses enfants, descendants ou héritiers. » 



LIVRE DE RAISON 



5* 



— 70 — 

ma charge de conseiller en assignais, el je voulais asseoir 
cet argenl. nollranl guère de solidité, sur un domaine de 
l'Ktat et en rendement de blé pour (Hre assuré, en cas d'évé- 
nements pis que ceux dont nous soufTrions, de pouvoir nour- 
rir ma famille ; ce domaine, d'autre part, était d'unegestion 
facile par le voisinage de celui de Muscapeau (i). C'est comme 
en dépôt sur ce domaine que je plaçais ma créance sur 
ri]tat,en attendanldes événementsqui permettront à moi ou 
à mes enlanls de s'arranger avec les anciens propriétaires 
expropriés ou avec ceux qui les remplaceraient à l'acquit de 
ma conscience. 

Nous rîmes ensuite le partage du domaine avec M. Ricard 
et j'achevais de payera M. Cortès, receveur du district de 
Saint Maximin, ce que je devais à la Nation. La contribu- 
tion foncière avait été fixée à -jij^ livres pour ma part. 

Ahgemehie dk rv maison vendue a la monnaie. 

«... Le 3o mai 1792, Madeleine de Clapiers de Cabris, mon 
épouse, vendit avec mon avis, à la Monnaie de Marseille, la 
majeure partie de sa vaisselle d'argent qui lui appartenait 
en propre et elle en retira en poids la somme de 2.92S li- 
vres. Le 24 septembre suivant, elle porta le restant, dont on 
lui donna 768 livres, plus 200 autres pour la chaîne en or 
desa montre. Personnellement, le mémejour, je vendis aussi 
à la Monnaie pour 6cS3,i7 sous de ma propre vaisselle, ne 
gardant que le nécessaire. Je réservai cette somme, formant 
un total de 4.079 livres, pour fournira mes dépenses, car, 
avec le malheur des temps, personne ne nous payait plus de 
nos rentes. » « . 



M. Charles de Gras, héritier du dit TraMçois de Gras, en i855, vendit ce domaine, 
peu après la mort de son oncle, la somme de plus de i5o milles livres ; on n'a 
jamais pu retrouver les titres qui en formaient la valeur et qu'il avait avec lui 
quand, revenant de Paris, il mourut à Lyon en i850. 

(i) Domaine de la succession des Mayol que possédait déjà M. de Gras à S. 
Maximin. 



— 71 -- 

Notes sur les affauies et la famille de Clotilde de 

Baureme, mon épouse. 

A la suite de l'indication de son mariage avec Clotilde 
de Barreme. J ean-Paul de Gras de Prégentil note ceci : 

<( ... Mon épouse et ses sœurs (i) eurent un procès consi- 
dérable avec leur oncle, M. Joseph de Barreme, au sujet de 
la succession de deux autres de leurs oncles, Antoine et Au- 
guste, l'un ancien officier de marine, l'autreconseiller clerc au 
parlement de Paris, qui avaient été guillotinés le 23 mai 1794 
avec leur frère, mon beau père, Taîné des messieurs de Bar- 
reme. Ce procès ne se termina que le 8 mars 1808 par un 
arrangement arbitral qui reconnut M. Joseph de Barreme 
créancier de ses nièces de la somme de 78.331 francs (2). 

(. ... M"" de Chaleaufort, a'ieuledema femme (3), est morte 
à Arles le 1 4 janvier 1812 et sa fille, ma belle-mère, mourut 
aussi à Arles, le 24 octobre 1820. A son décès, mes beaux-frères 
etmoi dûmes renoncera sa succession, criblée de dettes. 

(. ... En i8i3. j'ai vendu, pour 9.ooolivres, à M.BenoîtGau- 
thier, avoué à Tarascon, l'ancienne maison de la famille de 
Barreme avec communs et jardins (4), elle est située intra niu- 
ros au (juartier du Pin. » 



( I ) Mesdames de Faucher et de Réginel. 

{2) M. Joseph de Barreme avait en 1802, épousé avons-nous dit, M"* de Nicotaï, 
dont un fils, Edmond, marié à Roseline de Villeneuve, et M"'^ d'Olivier, de Pré- 
solles. de Joannis de Verclos et une quatrième qui ne s'est jamais mariée. 

Edmond de Barreme avait eu un fils, Hélion, etdeiix filles. M""" de Villeneu>o, 

et L*0ui.5^ , religieuse du Sacré-Cœur. Ce fils Hélion, 
de son mariage avec M" de Diesbach, n'a eu que des filles. 

(3) Née Elisabeth de Campan, de Montpellier, qui avait épousé, le2/» juin 1760, 
Guilhaunie de Barreme de Manville, baron de Chàteaulort, et n'avait eu qu'une 
seule fille mariée en 1777 a son cousin Henri de Barreme, dont il a été question. 

(/4I Celte maison, en 1900, époque à laquelle nous la visitâmes, était occupée 
par les Frères de la Doctrine Chrétienne. 




TABLE DES CHAPITRES ET DES MATIÈRES 



Dédicaces : A la mémoire du marquis de Boisgclin 5 

— A M. Paul Arbaud 7 

Avis de l'auteur : Comment le Livre de Raison est arrivé en sa 

possession 9 

Chapitre V". 

Acquisition de la seigneurie de Mimet du marquis de Régussc ; 

description de la seigneurie et prix d'acquisition i3 

M . de Régusse cherche à se dérober aux remboursements de ses 

créanciers '3 

Les Grimaldi-Régusse et les d'Estienne de Chaussegros .... i6 

Aucune crainte de substitution à invoquer 17 

Mariage de Louis d'Estienne de Chaussegros avec Marguerite de 

Révilhasc i^ 

Testament de Louis d'Estienne et refus de sa fille de satisfaire à 

l'obUgation qui lui était imposée 19 

Les Demoiselles d'Estienne deChaussegros mises aux Ursulines pour 

être élevées dans la religion catholique et romaine; abus de 

la Supérieure ... 21 

Démarches de M. de Lioux ; difTicultés entre M. de Régusse et la 

Supérieure dudit couvent " • 32 

Testament de Lucrèce d'Estienne Chaussegros, dame de Mimet et mar 

quise de Régusse ^3 

Sa mort : preuve que la terre de Mimet est libre et sans substitution. 28 
Les trois mariages du marquis de Régusse; Les Bonardi, les Varan- 

chan 2^ 

(iénéalogie finale de la famille de (irimaldi de Régusse .... 27 



- 7'» - 
Chapitre II. 

La géncalogie de la fainillo de Gras de Prégonlil .... 35 à 33 
Mariage d'Honoré de (iras ; tombeau de la latnillc 33 

Chapitre III. 

Le parlement Maupeou installé à Aix ; exil dcM.de (Iras à sonchà- 

Icau de Mimet, ses ennuis 32 à 45 

Chapitre IV. 

Le droit royal de prélation ; droit d'insolutundalion \ô 

Exemption du droit de lods 4-^ 

Anciennes prestations d'hommages pour la seigneurie de Mimet. 47 
Cliàteau-bas, réclamé connue seigneurie séparée ; atlermage du 

droit de pulvérage 49 

Prétention du marquis de Félix d'Olièrx^s ; dinicullesavecM.de Gras 5i 
Améliorations ap[)ortées à la terre de Mimet et vente du domaine 

de Loqui aux Mille, près Aix 53 

Sûreté des marchands d'Aix connue placements 53 

Chapitre V. 

Maison de (iras sur la place des prêcheurs à Aix ; suppression de 

réchalaud fixe 54 

Difticulté avec les Pèresde >olrc-Damedes Anges pour le carcan féo- 
dal de Mimet 55 

Ce que rapportait la charge de conseiller au parlement d'.Vix à la fin 

du xvui' siècle . . • 5() 

CirAPlTRE VI. 

Supi)ression de la féodalité, encadastrement des biens du seigneur 

de Mimet 5- 

AbaFulon des terres gastes à la commune de Mimet 5<) 

Destruction des anciens livres terriers féodaux 59 

Chapitre VIL 

La Révolution ; départ d'Aix, séjour à Marseille et à St-Maximin . (io 
Retour à Aix ; M. de (iras pris pour un agent de Pitt, sa séquestra- 
tion ()i 



— 70 — 

Mort d'Honoré de Gras »>2 

Messieurs de (iras fils : Jean-Paul, maire d'Aix, puis conseiller à la 

Cour d'appel t"»4 

Son mariage avec Clotilde de Barreme (')5 

Son fils (Iharles meurt avant lui et sans alliance ; fin de la famille 

de Gras 05 

Conseils du dernier seigneur de Mimet à ses enfants CG 

RENSEIGNEMENTS SUPPLEMENTAIRES 

Morts de MM. de Clapicrs-Gollongue et de Vellin O7 

Mort de M. de Monvert ; legs de M. de Gourdon 08 

Mort et succession de M"'* de Saint-.Tacques 08 

A propos de l'acquisition de Saint-Mitre à Saint-Maximin . . . O9 

Argenterie à la monnaie 70 

La famille de Barreme 71 



TABLE DI^S PIIOTOTYPIES 



Portrait de M. de (iras. . . . 
Armoiries de la famille de Gras. 
Le vieux château de Mimet . 
Porte de la maison de Gras à Aix 
Acquit du sculpteur San ri n . 



3 

28 
48 
54 
55 



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